MAUX d’EXCUSE

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Il est 7h00 du matin. Marie a 38°C. Kevin a mal au ventre. Jean a un aphte dans la bouche. Lou a un œil rouge. A Singapour, à Paris ou n’importe où dans le monde, quel parent n’a pas un jour connu l’une de ces situations assortie bien souvent d’une touche d’angoisse, d’un brin de contrariété et surtout d’une sempiternelle question : école ou pas école ? A Singapour, la réponse est plutôt facile à trouver : suivez le guide !

Et oui ! Ici, tout est écrit ! Dans un guide qui fait autorité (Réf 1 lien ici),  le Ministère de la Santé singapourien a dressé très précisément la liste des signes et symptômes qui interdisent d’aller à l’école, à la crèche ou à la garderie. En premier lieu, la fièvre : au dessus de 38,9°C (rectale), un enfant doit rester à la maison même s’il n’a aucun autre symptôme.  Attention, le seuil est plus bas avec d’autres thermomètres : 38,3°C (buccale) ou 37,8°C (sous le bras). Il est beaucoup plus bas chez le nourrisson de moins de 4 mois: 38,3°C (rectale). En second lieu, les symptômes courants mais «peut-être annonciateurs d’une maladie potentiellement sévère» (sic!). Les voici:

  • Fièvre accompagnée de douleur de gorge, douleur d’oreille, diarrhée, vomissement, éruption, irritabilité ou confusion
  • Écoulement blanchâtre ou jaunâtre d’un œil (un seul) avec ou sans œil rouge (les 2 yeux rouges n’est pas un facteur d’exclusion sauf en cas de sécrétion jaune dans les 2 yeux);
  • Diarrhée incontrôlée
  • Plus de 2 épisodes de vomissements en 24h
  • Mal de tête ou nuque raide
  • Difficulté à avaler ou bien douleur de gorge avec des ganglions palpables sous la mâchoire
  • Perte d’apétit
  • Perte inhabituelle d’entrain (que les médecins francophones nomment « léthargie »)
  • Toux sévère et incontrôlée
  • Difficulté à respirer ou sifflement
  • Pleurs incontrôlés
  • Aphtes buccaux

Pour tous ces signes, l’institution d’accueil de l’enfant peut exiger un certificat médical de non-contagion avant d’autoriser l’enfant à ré-intégrer la structure (le certificat étant obligatoire pour les aphtes buccaux qui sont fortement évocateurs de syndrome pieds-mains-bouche dit HFMD ici)

Le syndrome pied-main-bouche (HFMD en anglais; description complète ici)

Maladie virale en général peu sévère mais très contagieuse, qui survient par épidémies annuelles et se présente sous forme d’aphtes dans la bouche et de boutons sur la paume des mains et la plante des pieds, le tout accompagné de fièvre. Un enfant infecté peut retourner à l’école dès que les boutons sont secs. En période épidémique, un enfant qui présente un seul aphte dans la bouche, même sans fièvre, ne doit pas aller à l’école. (Lien ici pour la surveillance du HFMD à Singapour)

L’inventaire se termine par la liste des maladies à éviction scolaire (ou garderie)  obligatoire telles l’impétigo, l’angine à streptocoques, une poussée d’herpès buccal (pas labial), le zona, les maladies infantiles à boutons, la coqueluche, l’hépatite A, la tuberculose. A chaque fois que l’un de ces cas se présente, le retour à l’école ne pourra se faire que sur présentation d’un certificat médical.

Pour info, voici quelques exemples de durée d’éviction inscrites dans le Guide 2012 pour le contrôle des maladies infectieuses (lien ici):

  • Fièvre: retour possible après 24h sans fièvre
  • Conjonctivite: jusqu’à guérison complète (disparition total de l’écoulement oculaire)
  • Diarrhée: jusqu’à guérison complète
  • Varicelle: jusqu’à ce que tous les boutons, sans exception, aient une croûte
  • HFMD: jusqu’à la disparition de la fièvre ET assèchement de tous les boutons
  • Angine (à streptocoques): jusqu’à 24h après le début du traitement antibiotique
  • Poux de cheveux: jusqu’à réalisation d’un traitement complet lenticide
  • Impetigo (infection très contagieuse de la peau): jusqu’à 24h après le début du traitement antibiotique
  • à noter: la séropositivité pour le VIH et le sida maladie ne donnent pas lieu à exclusion

Ces recommandations sont valables pour  toutes les structures d’accueil des enfants de moins de 7 ans, qu’elles soient singapouriennes ou internationales, publiques ou privées.  Elles sont complétées d’une loi (Réf 2; lien ici) qui impose à tout enfant, quelle que soit sa nationalité d’être vacciné contre la diphtérie et la rougeole, les deux seuls vaccins obligatoires à Singapour, les autres n’étant que recommandés selon un calendrier vaccinal (Réf 3; lien ici) assez proche du calendrier français, ce dernier présentant cependant l’avantage d’avoir moins d’injections pour une protection équivalente  (lien ici pour le texte complet: voir page 28 uniquement pour les enfants et ados;

Et pour avoir les principales maladies en images (Attention âmes sensibles, s’abstenir!), le lien du MOH singapourien est ici.

 Dr Anne Genetet – 19 Mars 2014

Bibliographie

(1)    Infection control guidelines for schools and child care centres / Kindergartens / preschool centres / student care centres. Ministry of Health. 2012.

(2)    Infectious Disease Act

(3)    Singapore Health Promotion Board. Immunisation Chart. Dec 2011.

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Un PSI QUI REND FOU

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De temps à autre, un désagréable brouillard sec, le haze, revient nous troubler la vue et nos vies! Et nous sommes nombreux à suivre son évolution, avec plus ou moins d’inquiétude (la carte du haze se trouve ici). Quelques clicks suffisent à trouver l’information sur la sévérité du haze. Sauf que la signification des chiffres donnés n’a rien de limpide. Entre les abréviations, les chiffres, les repères de temps et même la zone géographique qui n’est pas toujours précisée, pas facile de s’y retrouver ! Une bonne nouvelle cependant dans ce nuage de valeurs: désormais Singapour a choisi de s’aligner sur les standards internationaux pour rendre compte de sa qualité de l’air. Et pour comprendre pourquoi, je vais tout vous dire sur les indices, index et autres PSI qui rendent fou!

(Mise à jour Septembre 2014: Singapour a modifié son indice de pollution, le PSI, qui maintenant inclut aussi les particules ultrafines ou PM 2,5)

Un petit rappel sur les polluants de l’air peut-être ?

Les nominés sont:

  • Particules fines (PM10 et ultrafines PM2,5)
  • Ozone
  • Dioxyde d’azote (NO²)
  • Dioxyde de soufre (SO²)
  • Monoxyde de carbone (CO)
  • Plomb

Ils sont présent en quantité infime dans l’air (moins de 0,01%), mais ils représentent tous un potentiel danger pour la santé selon leur concentration et leur durée de présence dans l’air. L’agence américaine de la qualité de l’air (EPA, lien ici) ainsi que Singapour les surveillent  tous les 6 alors que seuls 4 sont pris en compte par l’OMS (lien ici).

Surveiller la qualité de l’air commence par la mesure de la concentration en chacun des 6  polluants exprimée soit en µg/m3, soit en nombre de particules (noté ppm). Cette concentration peut être mesurée à une heure donnée (mesures faites chaque heure à Singapour en période de haze), puis, à partir des mesures obtenues, on peut calculer la concentration moyenne sur 3 heures ou sur 24h (pour les particules fines) ou sur 8 h (pour l’ozone). La moyenne sur 24h peut être soit de 0h à minuit, soit d’une heure donnée jusqu’à la même heure le lendemain.

Cette concentration en particules polluantes, je l’appellerai dans tout ce papier:  « indice de pollution » (1).

(1) Pour faciliter la compréhension, je propose ce terme d’indice de pollution qui n’existe sur aucun site. Les sites référents utilisent le même terme « indice de qualité de l’air » sans distinction selon qu’il s’agisse de la concentration d’une particule ou de la qualité de l’air.

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Seuil de dangerosité: c’est quoi?

Le seuil de dangerosité, c’est une valeur de la concentration en un polluant qui fait basculer d’un danger moindre vers un danger plus élevé. Les seuils de dangerosité sont définis en fonction de l’impact sur la santé.

Chaque polluant a ses seuils de dangerosité propres, définis en fonction de sa concentration. Par exemple, pour les PM2,5, on a (seuils définis par EPA):

  • de 0 à 15 µg/m3: aucun danger
  • de 15 à 40 µg/m3; possibilité de symptômes respiratoires pour des personnes à risque
  • de 40 à 65 µg/m3: grande probabilité de troubles respiratoires pour des personnes à risque
  • de 65 à 150: réel danger* pour les groupes à risque et effets respiratoires possibles dans la population générale
  • de 150 à 250: grand danger* pour les populations à risque et effets respiratoires marqués dans la population générale
  • de 250 à 500: danger maximum pour le populations à risque et risque sérieux de problèmes respiratoires dans a population générale

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C’est quoi un index de qualité de l’air ?

L’index de qualité de l’air est une note entre 0 et 500: la meilleure note, c’est zéro! La pire, c’est 500. Je vais expliquer plus loin comment on la calcule.

Une note, comme à l’école, ça n’a pas d’unité. On dit et on écrit juste « 500 ».

Attention: dès qu’on lit une valeur suivie d’une unité (ppm ou µg/m3), ce n’est plus un index mais une concentration. Donc chaque fois qu’on lit des données sur la qualité de l’air, toujours vérifier de quoi on parle: index ou concentration?

Dans tous les pays au monde, l’index de qualité de l’air (donc la note de 0 à 500), couplé à un code couleur, devient un outil précieux qui permet à des décideurs qui ne sont pas forcément experts de la pollution de l’air, de comprendre la situation d’un coup d’œil ou presque: les gouvernements pour savoir s’il faut ou non réduire la vitesse des voitures, les directeurs d’hôpitaux pour anticiper une éventuelle augmentation des hospitalisations, les directeurs d’école pour savoir si les élèves peuvent continuer à faire du sport en extérieur ou pas, pour ne citer que ceux-là.

Pour parler de cette note, les USA et Singapour n’utilisent pas les mêmes mots : le PSI (Pollutant Standard index) pour Singapour et l’AQI (Air Quality Index) pour les américains. Mais fort heureusement, il s’agit de la même chose désormais!

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Quel lien entre indice de pollution et index de qualité de l’air ?

L’index de qualité de l’air c’est la fameuse note de 0 à 500 évoquée plus haut.

L’indice de pollution pour un polluant, c’est la quantité d’un polluant dans l’air. Il y a 6 polluants et chacun a ses seuils de dangerosité comme je l’expliquais au début. Oui mais tous ces seuils pour 6 polluants, ça fait des dizaines de valeurs à mémoriser pour savoir si c’est dangereux un peu, beaucoup, énormément…

D’où l’idée géniale de matheux que de lier les deux par une équation mathématique (2). L’équation se trouve dans un document de l’agence américaine EPA que l’on trouve ici. Et un calculateur se trouve sur ce lien ici. Ainsi à chaque fois que la concentration d’un polluant est mesurée, on peut calculer un index de qualité de l’air pour ce polluant grâce à cette équation. Pour 6 polluants, ça fait donc 6 index de qualité de l’air: on n’en retient qu’un seul: le plus mauvais!

Ainsi le PSI à Singapour, ou l’AQI aux USA  est le plus mauvais index de qualité de l’air des 6 polluants mesurés heure par heure (3).

Exemple: la valeur de PM2,5 de ce soir 21h en ce 23 septembre 2014 dans l’est de Singapour (19 µg/m3) mise dans le calculateur donne un indice de pollution de 66.

(2) Pour les matheux, l’équation mathématique est une fonction homothétie qui permet de passer d’un intervalle de valeurs de type 40 à 65 (concentration) à un intervalle de valeurs de type 101 à 150 (indice de pollution).

(3) Chaque heure à Singapour, 5 stations réparties sur l’île enregistrent les concentrations en polluants (les 6 cités en début de ce post). Pour chacune de ces mesures, on peut ensuite calculer un index de qualité de l’air comme je l’ai expliqué plus haut. On se retrouve donc avec 6 notes entre 0 et 500. Et c’est toujours la plus mauvaise qui sera LE fameux PSI (ou l’AQI des américains).

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Et les niveaux d’alerte ou d’impact sur la santé?

Les niveaux d’alerte sont définis en fonction des décisions qui doivent être prises pour protéger les populations: limiter l’activité physique dehors, limiter les sorties, éviter les sorties sont 3 niveaux d’alerte distincts qui correspondent à différents intervalles de valeur de l’index de qualité de l’air.

Comme les mentions au bac (passable de 10 à 12, Assez Bien de 12 à 14, etc), la fameuse note entre 0 et 500, a ses « mentions ». Les voici telles que définies par les américains et l’ONG chinoise AQICN (voir le tableau tout en  bas de ce lien)

  • entre 0 et 50: BON ; pas d’impact santé, aucune alerte
  • de 51 à 100: MOYEN;  impact modéré sur la santé, air de qualité moyenne, alerte uniquement pour les personnes fragiles
  • de 101 à 150: MALSAIN POUR CERTAINS; air malsain pour des groupes à risque seulement, alerte pour ce groupe: limiter les activités extérieures
  • de 151 à 200: MALSAIN ; air malsain; alerte pour tous: limiter les activités extérieures
  • de 201 à 300: TRÈS MALSAIN; air très malsain; alerte pour tous: éviter les activités extérieures
  • de 301 à 500: air dangereux; alerte pour tous: aucune activité physique extérieure

* J’ai choisi le mot de « danger » pour résumer un long paragraphe des recommandations internationales! C’est peut-être un peu réducteur mais c’est parlant!

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Et là Singapour?

Pour l’information de la population, Singapour a choisi de simplifier un peu par rapport aux recommandations internationales avec seulement 4 niveaux d’alerte là où les autres en ont 6. Pour Singapour, ça donne ça:

  • de 0 à 100: BON à MODERE (good to moderate) ; pas de précaution particulière
  • de 101 à 200: MALSAIN (unhealthy) : réduire (si en bonne santé), minimiser (enfants, femmes enceintes, personnes âgées) et on évite (en cas de maladie du cœur ou respiratoire) les activités physiques prolongées en extérieur [en pratique, la nuance entre réduire et minimiser est…une nuance!]
  • de 201 à 300: TRES MALSAIN: éviter les activités physiques prolongées en extérieur (si en bonne santé), minimiser les activités extérieures (enfants, femmes enceintes, personnes âgées) , éviter les activités extérieures (en cas de maladie du cœur ou respiratoire);
  • au dessus de 300 DANGEREUX: ceux qui sont en bonne santé iront faire les courses pour tous les autres qui seront interdits de sortie!

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Les index, c’est partout les mêmes dans le monde?

Non, pas tout à fait. L’AQI aux Etats-Unis, s’appelle « ATMO » en France (le nom est rarement cité dans les sites de surveillance de la qualité de l’air) et il est noté de 1 (très bon) à 10 (très mauvais). Toutes les infos pour la France ici. Et la loi qui définit ATMO est ici. ATMO prend en compte 4 polluants: les PM10 (depuis 2012 seulement), l’ozone, le SO² et le NO².

A noter: la France parle d’indice de qualité de l’air et, pour chaque polluant, de sous-indice de qualité (au lieu d’indice de pollution).

Il faut souligner aussi que l’OMS prépare des normes plus sévères comme objectifs de qualité de l’air à atteindre.

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Enfin les données publiées concordent entre elles!

Et oui, ce n’était pas le cas début 2014. Aujourd’hui…on respire côté cohérence du moins!

Prenons l’exemple de ce 23 septembre 2014. Le site de la NEA (National Environment Agency lien ici) donne les valeurs suivantes pour l’Est de Singapour:

  • Qualité de l’air: PSI sur 24h à 21h = 59 (pour l’Est de Singapour)
  • PSI sur 3h à 21h = 61
  • I,dice de pollution des particules fines PM2,5 sur 24h à 21h = 19 µg/m3 (pour l’Est de Singapour: attention c’est le petit chiffre de gauche pas mis entre parenthèses sur cette page ci)

Juste à côté de la carte, figure un tableau qui permet de voir que le PSI à 59 est dans la zone « impact modéré » sur la santé. Et la synthèse juste sous le tableau rassure: il n’y a pas de précaution particulière à prendre que l’on soit jeune, vieux, fragile ou pas. Ouf!

Et si on va prendre les informations sur le site de l’ONG chinoise AQICN pour la surveillance de la pollution de l’air (lien ici), on trouve un PSI à 65 à 21h sur fond jaune (rassurant) avec écrit à côté « Moderate ». Tout est cohérent (4), tout va bien!

(4) la différence entre 59 donné par Singapour et 65 donné par AQCNI se trouve sans doute dans l’équation mathématique utilisée (la page computation of PSI sur le site de la NEA n’est pas disponible pour que je puisse le vérifier).

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Finalement, à Singapour je fais quoi avec les valeurs publiées?

Aujourd’hui, il faut aller sur le site de la NEA ici et regarder uniquement le taux de PSI sur 24h pour savoir combien on a respiré depuis 24h. Et le PSI sur 3h donnera une tendance à la hausse ou à la baisse du PSI 24h. Le PSI 3h permet de prévoir ses sorties par exemple: si un PSI sur 3 heures à 9h du matin est nettement plus élevé que celui calculé une heure plus tôt, c’est donc que le haze est en train de s’intensifier et qu’il va peut-être falloir adapter ses activités extérieures.

Cela dit, il faut raison garder: la durée de l’exposition joue aussi un rôle majeur dans l’impact sur la santé. Si on respire 24h un air à 300, c’est bien entendu beaucoup moins dangereux que de le respirer pendant plusieurs jours de suite (comme à Pékin!). A Singapour, la qualité de l’air moyenne sur l’année est excellente, même avec quelques jours de haze (comme en Juin 2013 où le PSI était monté au-dessus de 300 pendant quelques jours).

Alors franchement à Singapour, jusqu’à aujourd’hui, même si le haze est parfois désagréable, si vous êtes en bonne santé, ni enfant, ni enceinte, ni âgé, ni malade du coeur ou des poumons,  vous pouvez dire « même pas peur! ». Et pour les autres, il faut simplement suivre les recommandations de la NEA.

 

Ressources bibliographiques:

Le site d’information de Singapour sur le haze: ici

L’agence américaine de surveillance de la qualité de l’air ici

L’ONG chinoise AQICN ici

Et PAF! Encore des PUF dans le PIF!

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La voilà à nouveau la pollution aux particules et cette fois-ci elle frappe large: présente simultanément à Singapour (le haze) et à Paris (le smog) mais pas pour les mêmes raisons, ni les mêmes responsables. A Paris, ce sont plutôt des particules fines et à Singapour plutôt des particules ultrafines, des PUF*. Il me faudra plusieurs jours pour vous dire la longue histoire de ces particules. Je me lance donc dans cet article selon le plan suivant:

  • Le haze, c’est quoi au fait?
  • Qui sont ces particules dont on parle tant?
  • Comment s’appellent-elles?
  • Jusqu’où voyagent-elles?
  • Dois-je avoir peur de ces PUFs?
  • Que deviennent-elles une fois inhalées?
  • Quels effets sur la santé?
  • Comment sont-elles mesurées?
  • Quels sont les taux acceptables et les taux dangereux?
  • Les index de qualité de l’air: à quoi ça sert?
  • Comment faire pour respirer moins de particules?
  • Y-a-t-il de bons systèmes de purification de l’air?
  • Et les masques pour sortir dehors: oui ou non?

(et si vous avez d’autres questions qui vous turlupinent, dites-le moi!)

[*Avis au lecteur: en réalité le terme de PUF s’applique uniquement aux particules de taille inférieure à 0,1 micromètre. On les appelle aussi nanoparticules car 0,1 micromètre c’est très exactement 100 nanomètres. Dans le cas de la pollution de l’air, quand on parle de petites particules, on parle de PUF (< 0,1 µM) et de « grosses » PUF c’est à dire celles qui mesurent entre 2,5 et 10 micromètres (pas de diminutif pour celles-là!) et celles entre 0,1 et 2,5 micromètre dites « PF » ou particules fines. Ah! La! La! Il faut les suivre ces scientifiques pour les comprendre! Mais j’ai fait exprès d’utiliser le terme « PUF » parce que je trouve que ça parle bien!]

Le haze, c’est quoi au fait?

C’est une sorte de brouillard qui se forme lorsque la lumière du soleil rencontre des particules de pollution présentes en trop grande quantité dans l’air. En un sens, le haze est un effet d’optique! Et cet effet est majoré dans des conditions de forte humidité…à Singapour, nous sommes gâtés!

Très exactement, la lumière du soleil est censée traverser l’air pour nous éclairer. Mais en présence de grandes quantités de particules, elle ne va plus tout droit: elle est soit absorbée par les particules (moins de lumière!) soit déviée (elle ne va pas là où on l’attend). Résultat, la clarté et les couleurs s’estompent et la visibilité baisse..on est dans le brouillard!

Qui sont ces particules dont on parle tant?

Les particules polluantes de l’air ont de multiples origines et certaines existent depuis la nuit des temps (on en trouve des traces géologiques!). Elles sont soit solides, soit liquides et on compte parmi elles: la poussière, la saleté, la suie, les fumées et les gouttelettes de divers liquides. Certaines sont suffisamment grosses pour être visibles à l’œil nu et d’autres sont visibles seulement au microscope électronique! Elles sont composées de centaines de molécules chimiques différentes. Leur infinie variété explique la grande difficulté à comprendre leurs effets sur l’homme et l’environnement. Ce sont les plus petites, les fines et ultrafines, les « PUF » qui sont les principales responsables du haze.

D’où viennent-elles?

Certaines sont naturelles (vents de poussières, éruption volcanique, suie de feux sauvages) , d’autres sont provoquées par l’homme (gaz d’échappements, fumées industrielles, brûlis de cultures, incinération). Dans le cas du haze à Singapour,  les particules fines et ultrafines se forment à partir de la suie qui s’échappe des brûlures de forêts en Indonésie et Malaisie.

Comment s’appellent-elles?

Leur petit nom dépend de leur taille. Les « obèses » qui mesurent plus de 10 microns (je devrais dire micromètre abrégé en µM mais c’est trop long à écrire et à lire!) de diamètre ne comptent pas: on ne les inhale pas! Les particules moyennes qui ne dépassent pas 10 microns  sont appelées « PM 10 ». Parmi ces PM10, on en a de plus petites encore dites « PM2,5 » parce qu’elles mesurent moins de 2,5 µM: on les appelle particules fines. Elles représentent 60% des PM10. Et parmi ces PM 2,5, il y en a de plus petites encore, dites ultrafines ou PUF ou particules nanométriques qui mesurent moins de 0,1 µM: on est vraiment dans l’infiniment petit et c’est bien pour cela que ça pose problème! Donc il faut bien comprendre que lorsqu’on mesure la quantité de PM10, la mesure inclut toutes les particules de moins de 10 µM y compris les PM2,5 et les PN. Sauf que l’homme ayant besoin de précision notamment parce qu’on sait que les PM2,5 sont plus dangereuses que les PM10 pour la santé, on mesure désormais aussi la quantité de PM 2,5.

Jusqu’où voyagent-elles?

Les données que j’ai pu trouver ne suivent pas les petits noms des particules (je vous le disais! Compliqués à suivre ces scientifiques!). Ce qui est certain, c’est qu’au dessus de 5 µM, les particules ne vont pas plus loin que le nez et la gorge. Entre 1 et 5 µM, elles descendent jusqu’à la trachée et les grosses bronches dites « souches » (celles qui sont à l’entrée de chaque poumon). Et en dessous de 1 µM, elles terminent leur course au plus profond de notre système respiratoire, c’est à dire dans les alvéoles pulmonaires, là où se font les échanges d’oxygène entre l’air et le sang. Ainsi parmi les PM2,5, certaines vont terminer leur course assez haut et d’autres iront jusqu’au bout de la nuit pulmonaire!

Dois-je avoir peur de ces particules?

Avant de t’affoler, cher lecteur avec les effets de ces particules, juste une précision: l’effet dépend aussi de la quantité respirée et du temps d’exposition. Si je fais une analogie avec le tabac, 1 unique cigarette apporte brutalement une grande quantité de nicotine et de goudrons, très supérieure à ce que l’air en contient naturellement, mais c’est la répétition et la durée de consommation qui en fait la dangerosité; c’est la même chose pour les particules polluantes, il en faut beaucoup et pendant longtemps pour que ça puisse avoir des effets néfastes. Je reviendrai plus loin sur la mesure des quantités, les taux dangereux et les taux acceptables.

Que deviennent-elles une fois inhalées?

On ne sait pas tout encore; il reste beaucoup à démontrer. Ce qui est certain, c’est que les particules fines PF et ultrafines PUF se déposent du haut en bas du système respiratoire et peuvent y rester. Et les ultrafines y restent encore plus longtemps que leurs grandes sœurs les PF. Il faut noter que ces dépôts sont un peu plus prononcés chez les asthmatiques et les gros tousseurs (bronchite chronique). Mais les PUF n’en restent pas là: certaines vont traverser l’alvéole pulmonaire et se retrouver dans le sang pour migrer vers des organes cibles: foie, cœur, rein. En revanche, la migration vers le cerveau et le fœtus ou l’embryon n’est encore qu’une hypothèse; l’un et les 2 autres sont protégés par des barrières hautement efficaces et très difficile à traverser.

Quels sont leurs effets sur la santé?

Il faut ici distinguer les effets courts termes (au moment d’un pic de pollution temporaire comme nous avons à Singapour) et les effets long terme (comme pour les habitants de Pékin par exemple). A court terme, les particules qui se déposent très haut, qu’elles soient petites, moyennes ou grosses, peuvent provoquer (on ne gagne pas à tous les coups!), même chez une personne en bonne santé, une irritation de la gorge ou des yeux ou même parfois des bronches, ce qui pourra se manifester sous forme d’une petite toux dite irritative. Cette toux est excellente: elle aide à éliminer les particules! Chez les personnes qui souffrent de problèmes cardiaques, les problèmes peuvent être bien plus sérieux: douleur de poitrine, une accélération du rythme cardiaque, l’impression d’avoir le souffle court ou d’être plus fatigué que d’habitude. Et chez les asthmatiques on peut observer une augmentation soit du nombre, soit de l’intensité des crises. Chez les femmes enceintes exposées pendant leur grossesse, on peut observer un bébé de plus petit poids (ici je n’ai trouvé aucune information concernant le risque en cas de pic de pollution).

A long terme, les particules fines et ultrafines ont été déclarées cancérigènes certaines (cancer du poumon) et responsables de maladies cardio-vasculaires (infarctus et athérome, c’est à dire artères qui se bouchent). Cette toxicité démontrée doit conduire les états à prendre des mesures pour diminuer l’exposition aux particules PF et PUF (et de nombreux états, dont Singapour et la France ont déjà commencé) mais attention: toutes les personnes exposées ne vont pas développer un cancer des poumons ou un infarctus! Ces faits doivent conduire à la vigilance et l’action pas à l’affolement! Et il faut noter que les personnes les plus à risque de cancer du poumon induit par les particules polluantes sont celles âgées de plus de 60 ans. Entre 30 et 59 ans, le risque est très inférieur.

Comment sont-elles mesurées?

Alors là, on entre dans le point le plus délicat du sujet…A Singapour, 11 stations réparties sur l’île mesurent chaque jour (en ce moment chaque heure) les quantités de 6 polluants contenus dans l’air: les PM10 et PM2,5, mais aussi l’ozone, le dioxyde de soufre (SO²), le monoxyde de carbone (CO) et le dioxyde d’azote (NO²). Les données sont centralisées et analysées par la NEA. Les théoriciens du complot permanent vont décrier ce système contrôlé…sauf que tout le monde est exposé de la même façon, dirigeants ou non, et que personne n’a intérêt à trafiquer les données recueillies, pas plus à Singapour qu’ailleurs. D’autant plus que, contrairement au nuage de Tchernobyl (;-)), les particules savent traverser les frontières et par conséquent un décalage de mesure entre 2 pays frontaliers rendrait le pays fraudeur la risée de tous…

Aujourd’hui, les mesures sont exprimées en masse de matière par m3 et comme on est dans le tout petit, ça s’exprime en microgramme par m3 (noté µG/m3). Certains auteurs préféreraient que l’on compte le nombre exact de particules plutôt que leur masse…tout ça pour des particules dont on mesure la dangerosité selon leur diamètre…allez comprendre!

Ensuite, à partir des données mesurées 3 heures de suite, on calcule le taux moyen sur 3 heures. A partir des données sur 24h consécutives, on calcule la moyenne sur 24h: ce peut-être 24h « glissantes », par exemple de 8AM à 8AM le lendemain ou bien 24h « calendaires », de 0h à minuit. Sur le site de la NEA à Singapour, les taux sont donnés « glissants » sur 24h.

Quels sont les taux acceptables et les dangereux?

Il y a d’une part les chiffres que les états ou institutions se sont fixés pour le long terme. Et ce ne sont pas tout à fait les mêmes pour tous mais on est là dans la nuance! Les recommandations de l’OMS fixent les taux acceptables maximum suivants (recos 2011):

-> Pour les PM2.5

  • 10 μg/m3 moyenne annuelle
  • 25 μg/m3 moyenne sur 24 heures

-> Pour les PM10

  • 20 μg/m3 moyenne annuelle
  • 50 μg/m3 moyenne sur 24 heures

Celles sensiblement différentes mais comparables de l’agence américaine pour la qualité de l’air:

-> Pour les PM2.5

  • 12 μg/m3 moyenne annuelle sur 3 ans
  • 35 μg/m3 moyenne sur 24h

-> Pour les PM10

  • 150 μg/m3 (oui « 150 » pas d’erreur de chiffre!): moyenne sur 24h à ne pas dépasser plus d’une fois par an sur 3 ans.

Singapour suit à peu près les recommandations de l’OMS et a l’ambition d’aller encore plus loin mais à un horizon non daté!

Quand aux chiffres de dangerosité, voici ce que dit Singapour ici:

> Pas de danger ou très limité: Taux < 40 μg/m3

> Impact sur les populations fragilisées (asthmatiques, personnes âgées, enfants): taux entre 40 et 65 μg/m3

Les index de qualité de l’air: à quoi ça sert?

Franchement, en période de haze, à pas grand chose! Car vous l’aurez compris si vous avez tout lu jusqu’ici: seuls les taux de PM10 et surtout PM2,5 sont importants à suivre en cas de haze.

Les index de qualité de l’air, tels le PSI à Singapour, agrègent les mesures de plusieurs polluants dans une seule formule mathématique sûrement bien pensée mais franchement pas parlante du tout au quotidien! C’est cette belle formule qui permet au PSI d’être dans des normes de qualité de l’air tout à fait acceptable en ce moment alors que les PM2,5 frisent ou dépassent les premiers seuils de dangerosité. C’est exactement comme le bulletin d’un collégien moyen: 12/20 de moyenne générale mais avec un 6/20 en maths…

Comment faire pour respirer moins de particules?

Bien entendu, chacun l’aura compris, moins on respire de particules polluantes mieux on se porte aujourd’hui et demain. Mais diminuer la quantité de particules relève avant tout d’actions anti-pollution sur le très long terme et à l’échelle d’un pays, voire du monde entier. Et on a commencé à le faire dans les pays occidentaux ainsi qu’à Singapour où la qualité de l’air s’est nettement améliorée depuis la fin du 20ème siècle.

Mais en cas de pic de pollution comme avec le haze, c’est beaucoup plus compliqué et incertain en efficacité. On peut:

> Arrêter de respirer (bof!)

> Quitter le pays (euh? et pour travailler, je fais comment?)

> Mettre un masque efficace (voir plus loin)

> Nettoyer l’air qu’on respire (seulement indoor 😉 Voir le point ci-dessous)

> Éviter l’hyperventilation (c’est à dire les situations où on accélère son rythme respiratoire par exemple le sport)

> Rester en air confiné avec un purificateur d’air ? (pourquoi pas si on supporte; mais il faudrait un calcul savant pour savoir combien de minutes enfermées compensent combien de minutes dehors pour …bref équation mathématique qui me saoule, je sors quand je veux!)

Y-a-t-il de bons systèmes de purification de l’air?

On peut avec certains systèmes diminuer sensiblement la quantité de particules fines en intérieur. Deux méthodes existent:  mécaniques (filtres HEPA comme on trouve sur les aspirateurs!) et électronique (par électro-statisme ou bien par ionisation). Les autres systèmes n’ont pas d’effet sur les particules:  filtres à gaz, nettoyeurs à ultra-violet, nettoyeurs catalytiques, générateurs d’ozone (ceux-ci sont même dangereux car ils libèrent de l’ozone!). Les filtres mécaniques de type HEPA peuvent se trouver soit directement dans une unité d’air conditionné (demander à son air-con servicing), soit dans des purificateurs portables. Le site de la NEA donne une liste des appareils efficaces et de leurs distributeurs ici. Les filtres électroniques n’ont pas de standard de mesure selon l’agence américaine EPA et sont donc difficiles à comparer entre eux.

Et les masques pour sortir dehors: oui ou non?

Le seul type de masque qui filtre les particules en les laissant « collées » à l’extérieur (c’est une image bien sûr!) répond à un standard international très strict et précis appelé N95 ou FFP2 (c’est la même chose, seulement une différence de nom). Mais pour être vraiment efficace, il ne faut pas qu’il y ait de « fuites » au pourtour du masque. Il doit donc être parfaitement adapté au visage avec idéalement un pince nez pour épouser au plus près notre appendice respiratoire (certains N95 n’ont pas de pince-nez, c’est moins bien mais pas rédhibitoire puisqu’ils ont toujours le label « N95 »!). Du coup, les asiatiques au nez plat, les enfant trop petits, les barbus ne peuvent pas porter de N95! Enfin…ils peuvent toujours en porter un si ça leur chante, mais l’efficacité sera quasi nulle!

Notez bien aussi qu’aucune recommandation en cas de haze ne cite le masque…les experts n’ont en fait pas tranché sur l’efficacité réelle du port de ce masque: raison médicale? raison économique? (les états n’ont sûrement pas envie d’acheter puis de conserver des stocks de masques pour un usage incertain) raison politique? Je ne saurais vous répondre! A chacun d’y mettre là son analyse ou… ses fantasmes! Et le port du masque est laissé à l’appréciation du confort et …de l’inquiétude de chacun!

Les infos sur les masques N95 données par le ministère de la santé singapourien (MOH) sont ici. Il est bien rappelé qu’aucun masque N95 n’a été validé chez l’enfant…même si c’est écrit sur la boîte! Méfiance donc…

Alors finalement, en cas de haze, je fais quoi?

1/ Je regarde les valeurs de PM2,5 sur 24h;

2/ Je suis les recommandations de la NEA en fonction du chiffre mesuré;

3/ Je prends un avis médical si je (ou mes enfants, mes proches) suis asthmatique sous traitement quotidien, ou porteur d’une maladie pulmonaire chronique ou cardio-vasculaire, si je suis enceinte. Pour les enfants sans pathologie chronique, quel que soit l’âge, pas d’avis médical a priori (c’est à dire avant d’avoir des symptômes) mais une attention toute particulière à la toux ou la fièvre qui doivent faire consulter sans délai (on ne se dit pas « ça va passer!« ).

 

Références bibliographiques (pour ceux que ça intéresse, je peux vous faire parvenir les documents disponibles en version pdf)

Site de l’agence américaine pour la qualité de l’air: EPA ici

Document EPA (2009) sur les purificateurs d’air intérieur: ici

Marano F. Particules ultrafines et santé. Extrapol 2007: (33) 4-7. (publication InVS)

AFSSE (Agence française de sécurité sanitaire environnementale). Impact sanitaire de la pollution atmosphérique urbaine. Rapport 1 Mai 2004.

OMS. Santé et qualité de l’air

A PROPOS de ce BLOG…

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Ce blog a pour ambition de présenter des informations médicales en un langage accessible à tous et surtout à ceux qui ont l’impression qu’il leur manque un dictionnaire pour comprendre leur médecin! Les sujets proposés sont pour beaucoup liés à la vie à Singapour. Mais la vie à Singapour pour des francophones, c’est une vie d’expatrié qui a ses particularités, ses inquiétudes, voire ses angoisses parfois et je tâcherai d’y répondre.

Les informations données ici sont validées, c’est à dire qu’elles sont issues de publications médicales ou scientifiques de références , qui peuvent être soit des « revues avec comité de lecture », soit des ressources institutionnelles   (agences gouvernementales, collèges de professions médicales, sociétés dites savantes, etc).

En aucun cas ce blog n’est le reflet de l’opinion de son auteur! Mon avis personnel n’a pas de valeur, il y a déjà assez à comprendre et à apprendre chez les experts!

Je veillerai à toujours citer les sources de mes informations.

Et comme je suis loin d’être parfaite, il y aura sûrement parfois des oublis, des imprécisions, des points pas clairs: il faut me le dire!

Bien entendu, ce blog ne remplacera JAMAIS l’avis d’un médecin lors d’une consultation!

Et d’ailleurs, je ne pourrai pas donner mon avis sur des cas personnels. Je veux juste vous donner les clés pour savoir, une fois chez le médecin, quelles questions lui poser et comment comprendre ses réponses! Ce sera déjà un beau résultat si j’y parviens!

Bonne lecture!

LES LENTES à L’EAU

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Les lentes: le calvaire des têtes à poux! Car si les poux sont facilement éliminés par des produits chimiques, les lentes résistent à tout et doivent être éliminées mécaniquement « a la mano »!  Mais bonne nouvelle pour faciliter l’élimination des lentes: l’eau déminéralisée suffit!

« Pourquoi tu dis ça? »

C’est la conclusion d’une toute récente étude parue dans un journal médical spécialisé dans les maladies liées aux insectes. En fait, les lentes sont des œufs de poux entourés d’une gaine qui s’accroche parfaitement au cheveu et le protège de l’action de tout produit chimique. Pour enlever une lente, il faut faire glisser la gaine le long du cheveu: pas facile! A sec, nos grands-mères le faisaient avec des peignes très fins, cheveu par cheveu…moyennant des heures de supplice! L’idée de faciliter cette glisse comme on farte ses skis n’a échappé ni à nos mamies, ni à plusieurs industriels et les produits dit « anti-lentes » sont nombreux et parfois farfelus : huile d’amande douce, vinaigre, après-shampooings variés. Et malgré les jolies accroches publicitaires, aucune étude scientifique n’a jamais démontré la pertinence d’un seul d’entre eux! Alors une équipe médicale a voulu mesurer l’efficacité de plusieurs après-shampoings « anti-lentes » ainsi que celle de la toute simple eau déminéralisée.

« Et elle mesure quoi cette étude? »

Et bien l’étude est d’une précision incroyable: les chercheurs ont mesuré la force exprimée en milliNewton à exercer sur une gaine de lente pour la faire glisser sur 2 cm de longueur de cheveu! On est ici dans l’ultra petit, examiné sur 607 cheveux prélevés sur 6 enfants différents, sous microscope et non pas directement sur leur tête.  Et là, un constat d’abord: après-shampoing ou eau, peu importe, c’est nettement plus efficace que sur cheveu sec! Et une surprise: que l’on utilise de l’eau déminéralisée seule ou un produit réputé « anti-lentes », à partir du moment où on a laissé poser 10 minutes, la force à exercer pour faire glisser la lente est la même! Alors certains critiqueront l’étude pour dire que l’échantillon est trop petit, que le cheveu « in vivo » (planté sur la tête) ne réagit pas comme celui qui est prélevé; c’est vrai, on peut voir le verre à moitié vide; mais on peut aussi voir le verre à moitié plein et dire que c’est la toute première étude qui mesure l’efficacité de produits existants et que maintenant reste à confirmer à grande échelle, comme on le fait pour les médicaments.

« Mais alors, tous ces produits anti-lentes, j’en fais quoi? »

Si c’est juste pour enlever des lentes, autant s’en passer! Ce sera moins cher et plus écologique! Et ça tombe bien à Singapour: l’eau du robinet est déminéralisée! Mais si on aime le parfum du produit, son éventuel effet anti-démêlant, alors pourquoi pas continuer…après-tout l’efficacité est la même que l’eau, ni plus, ni moins…Et dans tous les cas, ne jamais oublier de peigner au peigne fin car ni l’eau déminéralisée, ni le produit anti-lente ne fera se volatiliser les lentes!

Dr Anne Genetet – Mars 2014

(merci au JIM, Journal International de Médecine de m’avoir donné l’idée de ce sujet!)

Référence bibliographique:

Lapeere H et coll. Efficacy of products to remove eggs of Pediculus humanus capitis (Phtiraptera : Pediculidae) from the human hair. J Med Entomol., 2014 ; 51 : 400-407

DIS-MOI…la FIEVRE ZIKA, C’EST QUOI?

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[Mise à jour Janvier 2016: j’avais rédigé ce papier il y a 2 ans; on ne connaissait pas encore l’impact fœtal de la fièvre Zika. Vous trouverez toutes les dernières infos ici. Vous y lirez que les conséquence sur le fœtus sont seulement supposées mais mal connues, encore peu documentées, et du coup font l’objet d’intenses études. Vu le risque possible et bien qu’il ne soit pas encore confirmé, des recommandations ont déjà été émises, allant jusqu’à « éviter de démarrer une grossesse » dans quelques pays contaminés par le virus Zika. Singapour n’a pas encore déclaré de cas de fièvre Zika dernièrement alors même que l’épidémie n’était pas « si loin » il y a 2 ans.]

Zika est la dernière-née des fièvres tropicales. C’est une toute nouvelle épidémie apparue il y a 2 ans en Polynésie, qui s’était à l’époque répandue en Asie du sud-est et qui aujourd’hui se propage à toute vitesse en Amérique Latine après avoir démarré au Brésil en Mai 2015.

« La fièvre zika, ça rend très malade ? »

Bonne nouvelle : non ! Quoique…il faut tout de même se méfier car on vient récemment de décrire quelques cas, encore rares, de complications neurologiques et auto-immunes. Et c’est pour cela qu’il faut la connaître et y penser. Dans les faits, cette fièvre est moins grave que ses célèbres cousines, dengue, chikungunya ou paludisme mais elle ne doit pas être négligée. Très souvent, elle passe totalement inaperçue (près de 80% des cas). Mais 20% des personnes infectées vont développer une fièvre modérée accompagnée d’une éruption du visage qui a l’aspect de boutons rouges, plats ou surélevés, et qui s’étend progressivement au reste du corps. Il arrive que cette éruption démange (prurit). Peuvent également s’y associer des douleurs des articulations des mains et des pieds (arthralgies), des maux de tête (céphalées), une conjonctivite (yeux rouges et larmoyants), des troubles digestifs variés (nausées, vomissements, maux de ventre, diarrhée ou constipation) et des troubles neurologiques plus ou moins marqués (vertiges, douleurs musculaires, douleurs derrière les yeux).  Ces symptômes ne requièrent aucun traitement et disparaissent spontanément en une petite semaine. Il peut être parfois très difficile de distinguer une fièvre Zika d’une dengue ou d’une infection à Chikungunya.

 « Comment je peux l’attraper ? »

Exactement comme la dengue, par des piqûres de moustiques ! Et le responsable, c’est le terrible Aedes, ou moustique tigre, celui-là même qui transmet la dengue ou le chikungunya.  A l’origine, Zika est le nom d’un lac en Ouganda où le virus a été isolé pour la première fois, il y a près de 50 ans.  Aujourd’hui, en dehors de l’Afrique, on le trouve dans le pacifique (Polynésie, Micronésie et Indonésie connaissent une grosse épidémie depuis fin 2013) et dans plusieurs pays d’Asie du sud-est dont Singapour. Ce virus de climat chaud contamine classiquement les singes. Lorsqu’un moustique pique un singe infecté, il  peut alors transporter le virus vers d’autres mammifères : des singes essentiellement mais aussi d’autres animaux sauvages (buffles, hippopotames, etc)…ou pas vraiment sauvages comme l’homme ! Et une fois piqué par un moustique infesté par le virus zika, il faut alors entre 3 et 12 jours pour que les premiers symptômes apparaissent chez un être humain.

« Et en France, elle existe la fièvre zika ? »

Pas encore! Mais son vecteur, le moustique Aedes est déjà présent en Poitou –Charentes et dans le Lot et Garonne.  Pour que la fièvre zika se développe en France, il faudrait que des personnes reviennent d’un pays tropical infectées par le virus et se fassent piquer par des moustiques Aedes. Les moustiques infectés pourront alors transporter le virus zika vers d’autres mammifères, dont l’homme. Pour éviter cela, il faut bien entendu lutter contre la multiplication des moustiques, comme cela se fait à Singapour. Mais il faut aussi éviter qu’une personne malade soit piquée par des moustiques.

 « Comment savoir si c’est une fièvre zika ? »

C’est très difficile car les symptômes ne sont pas spécifiques. On les voit dans beaucoup de maladies virales, tropicales ou non. Comparée à la dengue, la fièvre zika donne moins de fièvre et moins de douleurs articulaires mais une éruption bien plus prononcée et surtout une conjonctivite qui n’existe pas dans la dengue. Et comparée au chikyungunya, la fièvre zika présente une conjonctivite nettement plus marquée, une fièvre équivalente, mais surtout des douleurs articulaires bien moins violentes que dans le chikungunya. Avec une prise de sang faite le plus tôt possible après le début des symptômes, il est possible d’avoir la certitude de l’infection à virus zika. Cette prise de sang ne changera rien ni au traitement ni à l’évolution de la maladie mais permettra de suivre la propagation de l’infection dans les territoires où le virus a été identifié.

« Comment se soigne-t-elle ? »

En attendant que ça passe …car il n’existe aucun traitement spécifique de cette maladie ! La guérison se fera spontanément en une semaine maximum. Pendant ce temps, on pourra prendre du paracétamol pour calmer la fièvre, les douleurs et les maux de tête et un anti-allergique de type loratadine (Clarityne) ou cetirizine (Zyrtec) pour apaiser les démangeaisons. Et si les symptômes persistent ou s’aggravent, il faudra prendre un avis médical.

« Et comment faire pour ne pas l’attraper ? »

En se protégeant des piqûres de moustiques dans tous les pays où règne le terrible moustique tigre (Aedes) : vêtements longs et couvrants, spray anti-moustique sur les zones de peau découvertes, moustiquaires sur le lit la nuit. Dans les zones  ou périodes de l’année de fortes infestations, il est aussi recommandé d’imprégner ses vêtements d’un répulsif à moustiques. Bon à savoir: la citronnelle et ses dérivés sont 100 inefficaces!

« La fièvre Zika, j’en retiens quoi ? »

C’est une bonne grosse grippe avec une conjonctivite et des signes digestifs ; elle s’attrape en région inter-tropicale par des piqûres de moustique et guérit spontanément en 1 semaine.

Dr ANNE GENETET – Mars 2014

 Références bibliographiques:

1. Bourée P, Zambon P (2014), Alerte à la fièvre Zika. Rev du Prat Méd Gén; 28 (915): 106-107.

2. Hayes E (2009); Zika viru soutside Africa. Emerg Inf Dis; 15 (9): 1347-50.

3. Virus Zika. Polynésie 2013-2014. Iles de Yap, Micronésie 2007. InVS; Veille internationale.