Les CHOCS du CHAUD

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« Quelle chaleur ! » répète-ton à l’envi à Singapour. Et c’est prouvé, les 32°C quotidiens assortis d’un taux d’humidité très élevé agressent sévèrement notre organisme ainsi que l’expliquait un post précédent « Chaud dehors, Soif dedans » sur la régulation de la température corporelle et les besoins en eau. Mais il y a pire que ce délicat équilibre température-hydratation : faute d’attention redoublée et de précautions particulières, notre corps peut devenir victime de cette chaleur moite et développer de véritables maladies. Présentées par ordre de gravité croissante, ces pathologies spécifiques de la chaleur peuvent survenir isolément ou bien se succéder dans le temps si on n’a pas mis en œuvre des moyens efficaces pour les traiter. On est ici dans de la pure médecine, ce n’est pas très fun mais il est important de les connaître pour mieux les prévenir et les reconnaître !

Une peau rouge et qui démange

  • Sous l’effet d’une redoutable combinaison « frottement + transpiration », une zone de peau se couvre de tâches rouges qui forment un petit relief au toucher (plus ou moins comme un granité ou comme une boursouflure) et la personne se gratte ou se plaint de démangeaisons intenses : cette peau rouge qui démange est appelée dermite de chaleur. Elle apparaît le plus souvent par plaques sur les parties du corps recouvertes de vêtements. Les matières synthétiques augmentent le risque contrairement aux matières naturelles (coton, lin, soie). Les enfants sont plus souvent touchés que les adultes. Chez un bébé, les zones de peau au contact des élastiques de couches et vêtements sont particulièrement exposées. Le risque d’une telle éruption si elle persiste est sa surinfection secondaire par un staphylocoque, bactérie assez agressive. Bon à savoir : un bébé qui a des démangeaisons réagit soit en gémissant ou pleurant, soit en s’agitant. Il ne va pas forcément se gratter.
  • La prévention passe par le port de vêtements amples, choisis dans des matériaux sans matière synthétique (les mélanges de type coton-polyester sont tout aussi nocifs que les purs synthétiques) qui absorbent bien la transpiration. Attention aux crèmes et poudres qui pourraient obstruer les pores (vérifier que la composition par exemple ne contient pas de dérivés de silicone souvent cités sous le nom de diméticone et autres molécules au suffixe en « cone »). L’excellente page de wikipedia ici vous expliquera tout sur les fibres textiles naturelles ou synthétiques.
  • Le meilleur traitement est …la patience tout en mettant la peau à l’air et au frais (moins d’humidité serait idéal mais à Singapour…on oublie !). Il n’y a surtout pas de crème à appliquer. Si les démangeaisons sont très intenses, le médecin peut prescrire un traitement anti-démangeaison (sur prescription médicale uniquement) mais son efficacité est loin d’être de 100% ! Enfin, l’hygiène de peau est essentielle : laver à l’eau et au savon, bien rincer et sécher par tamponnement sans frotter. Une peau bien sèche s’irritera moins facilement.

 

Pieds et mains d’éléphant (œdèmes de chaleur)

  • Sous l’effet de la chaleur, le débit sanguin s’élève et les petits vaisseaux sanguins de périphérie se dilatent. Il en résulte une fuite d’eau dans l’épaisseur de la peau faisant gonfler pieds, chevilles, parfois la jambe, les doigts, les mains et les poignets. Les médecins parlent d’œdème de chaleur. La peau reste blanche et ne rougit pas. Lorsqu’on la presse avec le bout du doigt, elle forme un creux qui met quelques fractions de seconde à s’effacer. Les sangles de sandales peuvent laisser des marques qui s’effacent lentement dès qu’on se déchausse. Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres et en particulier celles qui n’ont pas l’habitude des fortes chaleurs (notamment tous ceux qui viennent d’arriver à Singapour ; il leur faudra quelques semaines pour que leur corps s’habitue), ou encore les personnes qui ont un réseau veineux abîmé (varices, insuffisance veineuse), et enfin les personnes porteuses de maladies telles hypertension artérielle ou diabète.
  • Il n’existe pas de traitement idéal une fois l’œdème installé. Aucun médicament sur prescription ou en vente libre ne peut réduire ou supprimer l’œdème. Surélever les jambes, notamment la nuit, soulage mais n’empêche pas la réapparition de l’œdème le jour suivant. La marche pratiquée quotidiennement permet de limiter le développement de l’œdème. C’est un outil de prévention à l’efficacité réelle chez certains, moindre chez d’autres. Attention, la course à pied n’est pas recommandée car la pression exercée par chaque foulée sur la plante de pied provoque un retour veineux brutal qui peut aggraver un mauvais état veineux préexistant.
  • Alors marchez! Marchez ! Et si vous vous posez la question des bas de contention, oui ça peut limiter l’œdème mais franchement, sous la chaleur singapourienne, ce n’est pas supportable ; de plus cela augmente la chaleur locale à la surface du corps ce qui ne facilite pas la régulation naturelle de la température de la peau.

 

Le coup de soleil (niveau 1 de gravité)

  • Pas besoin de le décrire…on sait tous à quoi ça ressemble : rougeurs et douleurs de la peau, parfois gonflements et boursouflures au niveau des rougeurs, vésicules. Il peut y avoir de la fièvre (modérée, 38°C) et des maux de tête. Il n’y a pas de Biafine en vente à Singapour, seul traitement efficace utilisé en milieu hospitalier. Il m’a été rapporté l’efficacité de la sève de l’aloe vera : ce traitement n’est pas validé par des études de bonne qualité méthodologique et je ne peux donc pas le cautionner. Mais je ne dis pas non plus qu’il ne faut pas l’utiliser ! Chacun fait comme il le sent.

 

Crampes de chaleur (niveau 2 de gravité)

  • Ce sont des spasmes douloureux qui touchent les jambes, les bras mais aussi le ventre et qui surviennent au décours (à l’arrêt) d’une activité physique intense accompagnée d’une forte transpiration. Sur un plan physiologique, ces crampes résultent d’un déséquilibre localisé, dans le muscle et à sa proximité immédiate, en sels minéraux. Attention à ne pas confondre une crampe de chaleur abdominale du joggeur avec une gastro : ça y ressemble mais il n’y a ni diarrhée, ni nausée, ni vomissement. Pour reconnaître une crampe de chaleur : c’est un joggeur rouge tomate, ruisselant de sueur et plié en deux de douleur.
  • Pour arrêter la crampe, il faut mettre la personne au frais et lui faire boire une boisson de réhydratation de type OMS (3 cuillères à café rase de sucre + 1 cuillère à café rase de sel dans 1 litre d’eau). Si la (les) crampe(s) ne disparaît pas, il faut se rendre aux urgences pour une réhydratation par perfusion de sérum salé quelques heures.
  • La prévention des crampes de chaleur passe par une hydratation abondante (très abondante !) selon le protocole que j’avais décrit dans le post consacré à la chaleur, sans oublier qu’il faut commencer à s’hydrater 1 heure avant le début de l’effort physique.

 

Syncope de chaleur

  • Plus grave encore que les crampes de chaleur, la syncope est une perte de connaissance brutale, brève et de courte durée. Elle comporte un réel risque de chute avec traumatisme crânien. Il s’agit soit d’une personne qui se dépensait sans compter en pleine chaleur (sport, bricolage), soit d’une personne qui est restée trop longtemps debout, toujours en pleine chaleur et qui tout à coup perd connaissance. Il peut y avoir des signes annonciateurs mais ce n’est pas toujours le cas : nausées, vertiges, troubles de la vue. Si ces signes apparaissent, il ne faut surtout pas lutter et jouer au plus fort ! Il faut immédiatement s’allonger là où on se trouve : on ne perd pas de temps à aller jusqu’à une chaise ou un banc ! Le mécanisme en cause est une soudaine chute de la tension artérielle (en dessous de 80 mmHg) que seule la position allongée peut faire remonter vers des valeurs normales (au-dessus de 100 mmHg).
  • Dès que la personne est allongée, les symptômes disparaissent. Avant de remettre la personne debout, il faut lui donner à boire de l’eau et la mettre dans un environnement frais pendant au moins 30 minutes.
  • La prévention passe là aussi par une hydratation abondante (très abondante…je ne le répéterai jamais assez !). Si la position debout prolongée en pleine chaleur est impérative, de fréquentes flexions des jambes peuvent limiter les risques de syncope.

 

Epuisement dû à la chaleur (heat exhaustion an anglais) (niveau 3 de gravité)

  • Encore plus grave que les précédentes pathologies! Voilà une situation qui peut être mortelle chez des personnes fragiles. C’est encore et toujours un manque d’eau qui en est le grand responsable. Les signes annonciateurs sont variés : faiblesse musculaire jusqu’à l’épuisement (la personne ne peut plus faire un pas ni bouger par immense fatigue mais sans douleur musculaire associée), maux de tête, vertiges, nausées, vomissements, rythme cardiaque rapide (au-dessus de 80 battements par minute), chute de tension (en-dessous de 80 mmHg) et respiration haletante (plus de 20 respirations par minute chez un adulte et adolescent, plus de 30 chez le jeune enfant). Cet épuisement peut s’installer sur plusieurs heures (il n’est pas nécessairement brutal comme la syncope ou la crampe) toujours après une exposition prolongée à la chaleur avec transpiration très intense. Il peut aussi s’accompagner de troubles du sommeil qui, s’ils sont associés à une très grande fatigue et surtout à une fièvre au-dessus de 38°C doivent alerter.

Attention : l’association fièvre + fatigue doit faire penser à l’épuisement à la chaleur. Ça ressemble à une infection mais ce n’est pas forcément une infection !
Le mécanisme en cause est…un manque d’hydratation avec sueur profuse qui provoque une perte excessive d’eau et de sels minéraux. Le traitement consiste à :
• Placer la personne dans une pièce climatisée à 25°C avec ventilateur ;
• Mettre la personne au repos, allongée ;
• Rafraîchir le corps avec des linges humides et sécher la peau avec le ventilateur ;
• Faire boire abondamment eau ou/et jus de fruits ;
• Fractionner les repas en petites quantités.
Et si la fièvre s’élève ou persiste au-delà de 24h, il faut emmener la personne aux urgences pour un traitement par perfusion quelques heures.

 

Le coup de chaleur (heatstroke en anglais) (niveau 4 de gravité)

  • Cette expression correspond à une entité médicale bien précise infiniment grave qui est UNE URGENCE MEDICALE ABSOLUE. Surtout ne qualifiez pas de coup de chaleur tout et n’importe quoi, vous risqueriez d’orienter le médecin sur une fausse piste !
  • Le coup de chaleur, c’est d’abord et avant tout une élévation de la température au-dessus de 40°C accompagnée d’une altération de la conscience sous forme soit de convulsions, soit de délire voire de coma. Il peut se développer de façon insidieuse chez des personnes fragiles (personnes âgées ou malades ou très jeunes enfants) mais toujours dans un environnement très chaud où la température extérieure dépasse pendant plusieurs heures de suite les 32°C (32°C, c’est la température de la surface de la peau). Des signes semblables à ceux de l’épuisement peuvent précéder le coup de chaleur (mais ce n’est pas toujours le cas) : fatigue, mal de tête, vertiges, nausées, vomissements, respiration haletante et rapide, diarrhée. Mais tout peut commencer directement par une somnolence, une confusion, ou une perte de connaissance avec fièvre qui s’élève très rapidement.
  • Le traitement est une urgence absolue, obligatoirement à l’hôpital. Sur le chemin de l’hôpital, on rafraîchira au maximum la personne : la déshabiller complètement, mouiller la peau à l’aide de linges humides, la mettre sous un ventilateur dans une pièce (ou voiture) très fraîche (prenez le temps nécessaire pour rafraîchir la voiture avant de monter dedans), application de pains de glace (séparés de le peau par un linge type serviette de toilette (on ne place jamais la glace à même la peau !), sur les aisselles, la tête, le front, les creux des cuisses.
  • En plus de ces mesures qui visent à faire baisser la température corporelle, l’hôpital mettra en route un traitement qui est essentiel pour corriger les nombreux dérèglements de plusieurs organes vitaux (rein et cœur notamment).

 

Voilà, vous savez tout sur les conséquences néfastes de la chaleur. Et si vous me demandez pourquoi certains vont cavaler comme des lapins par 32°C sans jamais être malades et pourquoi d’autres se font des crampes ou un épuisement pour tout juste 20 minutes de jogging…je n’ai pas de réponse à ça ! Chacun est différent ! Chaque organisme réagit différemment ! La meilleure défense étant l’attaque…ici l’attaque c’est à coup d’eau : toujours beaucoup, sans limite et sans modération !

Santé !

 

Dr Anne Genetet – 24 Avril 2014

 

Références :

  • Pathologies liées à la chaleur. Rev du Prat Méd Gén 2005. 19 : 696-7.
  • Le plan canicule du gouvernement français explique les mécanismes pathologiques liés à la chaleur ici.
  • En anglais le gouvernement américain explique les pathologies de la chaleur de façon très pédagogique avec des visuels sympas ici.

 

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ASSIETTES d’ASIE

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Voici un post entièrement dédié aux valeurs nutritionnelles d’aliments courants sur les marchés de Singapour.

J’enrichirai ce post au fur et à mesure de mes recherches. Je ne publie que ce qui est de source sûre (qui sera toujours citée).

Avertissement: je sais que l’énergie se mesure aujourd’hui en Joules et non plus en calories. Mais en pratique, les calories nous parlent encore mieux que les Joules pour le moment, donc je reste aux vieux standards! Pardon aux nutritionnistes!

EAU de COCO (c’est l’eau qui se trouve dans la noix de coco. Elle est stérile avant ouverture de la noix de coco; après ouverture, tout dépend de la propreté de la lame qui l’aura ouverte…). Données pour 100g:

  • kCal: 19,8 (très peu calorique)
  • eau: 95%
  • Glucides (variable) : environ 3,9 g
  • Lipides (quasiment pas): 0,2 g
  • Protéines: 0
  • Sodium: 65 mg (soit 1,6 g de sel par litre d’eau de coco; intéressant pour les sportifs et en cas de risque de déshydratation notamment chez un bébé ou jeune enfant)
  • Potassium: 198 mg
  • Magnésium: 26,5 mg (Plus que la Vittel Hépar! L’aliment qui apporte le plus de magnésium par portion sans faire exploser les calories est le tofu…bon à savoir pour les constipés!)
  • Calcium: 22 mg
  • Vitamine C: 2.2 (autant que 100g de poulet ou 100g de lait 2ème âge reconstitué)

(source ANSES – Table Ciqual 2013 de composition des aliments)

 

LAIT de COCO (soit en boîte, soit fait maison à partir de chair de coco fraîchement râpée et mise à infuser dans de l’eau chaude puis pressée et filtrée). Données pour 100g:

  • Kilocalories: 192 (on n’est pas loin de la bombe…)
  • Eau : 73%
  • Protéines: 2.02 g (ce qui est très peu)
  • Glucides: 6.33 g
  • Lipides: 17.6 g (dont 15,6 g d’acides gras saturés, les plus mauvais pour la santé…)
  • Cholestérol: 0
  • Sodium: 7.7 mg
  • Magnésium: 46 mg
  • Phosphore: 96 mg
  • Potassium : 220 mg (autant que 100g de pain de mie complet ou de salade romaine et 2 fois moins que 100g de banane)
  • Calcium: 18 mg (ce qui est très peu)
  • Vitamine C: 1 mg

La très faible teneur en protéines et en calcium font que ce lait de coco n’a rien du tout d’un lait: il en a seulement la couleur! A consommer avec modération en raison de ses calories et de ses corps gras.

(source ANSES – Table Ciqual 2013 de composition des aliments)

Patate douce cuite à chair orange (valeurs pour 100g de patate douce)

  • Calories: 79 kcal /100g
  • Eau: 78%
  • Protéines: 1.7g
  • Glucides: 16.3 g
  • Lipides: 0
  • Potassium: 352 mg (autant que 100g de banane fraîche, saumon cru ou de jambon cuit et moitié moins que 100g de purée de tomates ou de chocolat noir à 70%)
  • Béta carotène: 10500 microgrammes (aliment le plus riche en bétacarotène qui soit! Plus riche encore que la carotte crue qui en contient 7200 et que la carotte cuite qui en contient 3300)
  • Vitamine C: 16.2 mg (8 fois plus que la carotte!)

Après avoir découvert tous ces chiffres, vous aurez compris que la patate douce est une pépite alimentaire, mélange de pomme de terre et de carotte mais en encore mieux que les 2 réunies!

(source ANSES – Table Ciqual 2013 de composition des aliments)

 Sauce soja – normale, ni light, ni dark (valeurs données pour 100g; j’ai ajouté entre parenthèses les valeurs pour 1 cuillère à soupe notée càS, soit 10g environ, quantité plus proche de ce qu’on peut en consommer)

  • Calories: 44 kCal/ 100g [4,4 kCal/ càS]
  • Eau: 71%
  • Protéines: 4.75 mg [0.475 mg]
  • Glucides 6.3 mg [0.63 mg] sous forme de sucres  et d’amidon
  • Lipides: 0
  • Sodium: 6260 mg/ 100g [626 mg /càS] – Cela en fait une bombe à sel! 6260 mg correspondent à 15g de sel environ soit 3 cuillères à café. Pour simplifier, on peut dire qu’1 cuillère à soupe de sauce soja = 1.5g de sel = 1/3 de cuillère à café de sel.
  • Autres minéraux: en quantités à la fois inégales selon les marques et négligeables.
  • Vitamines: même remarque, quantités variables et négligeables.

Donc, en résumé, la sauce soja ne contient que de l’eau et du sel, tout le reste étant quantité négligeable. Peut remplacer le sel en tenant compte de l’équivalence:

1 càS sauce soja = 1/3 càc sel

(source ANSES – Table Ciqual 2013 de composition des aliments)

MANGUE FRAÎCHE (les données citées ici sont de source française, donc sans doute pour une variété couramment importée en France comme la grosse un peu ronde rouge et verte)

  • Calories: 63,5 kCal/ 100g
  • Eau: 83%
  • Protéines: 0,7 g/100g
  • Glucides: 13,6 g/100g (essentiellement des sucres 13,1g, un poil d’amidon 0,3g et quelques fibres 1,76g)
  • Lipides: 0,2 g/100g (donc rien!)
  • Riche en potassium: 180 mg/100g
  • Riche en béta-carotène: 1220 microg/100g
  • Riche* en Vitamine E: environ 1 mg/100 mg (soit 30% des besoins quotidiens dès qu’on mange 100g de mangue!)
  • Riche en vitamine C: 37 mg/100g (soit 30% des besoins quotidiens recommandés)
  • Peut être riche en vitamine B9: 30 à 130 microg/100g (VArie selon les mangues; c’est intéressant pour une femme enceinte qui a besoin de 400 microg par jour de vitamine B9)

*les huiles et le jaune d’oeuf sont plus riches en vitamine E que la mangue, sauf…qu’on ne consomme pas 100g d’huile par jour, ni 100g de jaune d’oeuf!

[D’autres aliments et produits locaux suivront dans les prochains jours ou semaines]

Dr Anne Genetet – MAJ Janvier 2016

CHAUD DEHORS… SOIF DEDANS!

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« 32°C, 80% humidity, possibility of rain » tel est le sempiternel bulletin météo à Singapour du 1er janvier au 31 décembre. Cette combinaison chaleur – humidité avec des valeurs élevées est très agressive pour le corps humain dont le fonctionnement est optimal quand il fait 25°C avec seulement 30% d’humidité. On en est loin ici ! Alors on s’adapte. Enfin, notre corps essaye de s’adapter et met en route plein de mécanismes prévus pour ça. Sauf que notre raison l’en entrave trop souvent. Avec des conséquences abondamment décrites dans la littérature médicale : blessures musculaires, tendineuses, ligamentaires, fatigue chronique, perte de tonus intellectuel, tout ça parce qu’on ne boit pas assez, qu’on n’écoute pas sa soif ou trop tard ou bien qu’on ne prépare pas son effort sportif, ou qu’on ne l’adapte pas assez. Voici donc toutes les infos pour comprendre comment le corps régule sa chaleur, sa quantité d’eau, notre soif et comment nous devons l’aider à affronter ces conditions bien plus violentes que notre perception. Et un petit sondage avant de commencer : observez combien de Singapouriens transportent leur petite bouteille d’eau et combien de caucasiens? Vous ne trouvez pas ça étrange cette différence?

 

Dis-moi : pourquoi 37.2°C le matin ?

Le miracle d’un thermostat interne dont la précision n’a rien à envier aux horloges suisses ! Pour comprendre comment ça marche, il faut déjà savoir que tout le fonctionnement du corps humain, manger, dormir, penser, bouger, digérer, rêver, pleurer, rire, bref… vivre, se fait au moyen d’innombrables réactions chimiques qui toutes dégagent de la chaleur. Résultat, on passe son temps à chauffer …et pourtant on reste à 37,2°C ! Comment est-ce donc possible ??? Et bien nous avons 4 systèmes de refroidissement qui fonctionnent en permanence :

  1. La conduction: c’est le frais de l’extérieur qui nous rafraîchit : l’air frais (bon, ici à Singapour pas vraiment terrible, je vais en reparler), c’est la serviette fraîche sur le front, ou les pieds nus par terre (et oui ! Très utile les pieds nus par terre, ça contribue à refroidir notre corps !)
  2. La convection : mécanisme complexe qui se fait dans l’épaisseur de notre peau et qui permet de faire monter la chaleur vers la surface de la peau et, en échange, de faire entrer du frais vers la profondeur, tout ça grâce à la circulation sanguine.
  3. La radiation : et oui ! Nous rayonnons comme le soleil ou le radiateur moyen ! Donc nous libérons nos calories et nous en faisons cadeau par exemple à un petit bout lové dans nos bras, au coussin de chaise sur lequel nous sommes assis, ou à nos draps toujours tout chauds le matin au réveil.
  4. L’évaporation : à chaque fois qu’une goutte de sueur perle à notre front, elle est chaude (contient des calories). Dès qu’elle s’évapore, elle change d’état et devient gaz. Ce changement d’état eau liquide –> eau gaz utilise pour carburant des calories. C’est un peu comme si chaque goutte de sueur qui sèche emportait avec elle de la chaleur. Ce mécanisme est un peu lent à se mettre en route (on ne transpire pas tout de suite quand on commence à s’agiter) mais une fois lancé, il est très efficace.

 

Et ces systèmes fonctionnent tout le temps ?

En principe oui ! Mais il ne faut pas non plus leur mettre trop de pression…je m’explique. La température de notre environnement est essentielle pour que ces systèmes réfrigérants fonctionnent bien. Idéalement 25 °C et 30% d’humidité. On peut varier autour de ces valeurs, mais pas trop. En dessous de 15°C de température extérieure (extérieure c’est-à-dire celle qui est au contact de la peau) le corps va cesser de transpirer. Mais heureusement, on se trouve rarement peau nue par 15°C ! On porte des vêtements qui forment une couche isolante dont la température idéale est de …25°C. En général, on n’a pas besoin d’y penser, ça se fait tout seul !

Et au-dessus de 32°C, alors là, c’est compliqué, très compliqué pour le corps de s’adapter. Car 32°C, c’est normalement la température de notre peau. Alors si la météo fait monter la température extérieure au-dessus de 32°C, notre peau n’est plus refroidie et nos réfrigérants internes sont perdus !
En effet, les trois premiers systèmes de refroidissement que j’ai décrits (conduction, convection et radiation) ont un inconvénient majeur : ils fonctionnent comme des clims réversibles ! C’est-à-dire que si la température extérieure s’élève trop et devient plus élevée que celle de la peau et bien au lieu de relâcher des calories, ils absorbent les calories du dehors : au secours ! On chauffe encore plus !

 

Et l’humidité extérieure, ça compte aussi ?

Oui, trois fois oui ! Plus l’air ambiant est sec, plus vite se fera l’évaporation de la sueur. Et plus vite notre corps sera refroidi. Et à l’inverse, si l’air ambiant est très humide, l’évaporation est très ralentie : il faudra alors beaucoup plus de travail à notre corps pour maintenir sa température à 37,2°C. Ainsi les 80% d’humidité à Singapour sont un réel problème pour le maintien de la température du corps. Avec un tel taux d’humidité, la sueur ne s’évapore pas ou peu, et on a cette pénible sensation que ma chère sœur résume joliment : « ici je n’ai pas chaud, j’ai moite » ! On reste mouillé mais on ne sèche pas! Et on chauffe! C’est pour ça que certains peuvent trouver 40°C secs à Dubai plus supportable que 34°C humides à Siem Reap ! En résumé, ici à Singapour, la transpiration n’est pas très efficace.

 

Bon, mais le corps fait comment alors pour s’adapter à ce climat de Singapour ?

On a compris qu’ici, par 32°C et 80% d’humidité, notre température interne a fortement tendance à s’élever si on n’y prend garde. Prenez votre température après 30 minutes de jogging…38°C ne serait pas impossible ! Vérifiez ! Heureusement, notre machine sait s’adapter : les vaisseaux vont se dilater (et oui, les jambes comme des poteaux pour certaines…), le rythme cardiaque s’accélérer, tout ça pour une bonne cause : apporter plus d’eau et de calories vers la peau et augmenter la quantité de sueur qui elle-même va emporter des calories: vous l’avez sûrement constaté, ici on transpire beaucoup et plutôt à grosses gouttes et pendant longtemps (qui n’a pas transpiré des litres pendant au moins les 30 minutes qui suivent une séance de jogging au Mc Ritchie ?). L’adaptation à la chaleur passe donc par une transpiration intense et prolongée, particulièrement marquée quand on fait du sport. Elle a été mesurée à 1,2 L / heure en climat chaud et humide pour un joggeur à petite vitesse. Si sa masse est de 60 kg, il perd donc 2% de son poids à chaque heure de course à pied ! C’est beaucoup ! Et ça devient trop s’il ne boit pas assez pour compenser cette perte.

 

D’autres conséquences de la chaleur ?

La plus importante, connue des médecins du sport et très bien décrite dans la littérature médicale est la diminution de la sensation de soif. Et oui ! C’est un paradoxe incroyable et qu’il faut connaître : plus il fait chaud, moins on a soif ! Et c’est vrai pour tous, adultes, ados, enfants, bébés ces derniers étant particulièrement vulnérables à cette baisse de la soif. La soif se déclenche à partir d’une perte d’eau équivalente à 2% de masse corporelle (donc 1,2 kg pour une personne de 60 kg. Explications très détaillées en anglais ici ). Résultat, un manque d’eau chronique (déshydratation chronique) que le corps va exprimer ainsi: baisse des performances physiques (sportives notamment car une perte de 1% d’eau fait perdre 10% des performances ! Explications ici), fatigue, étourdissements, maux de tête, manque de tonus intellectuel, crampes (bras, jambes, ventre), entorses, blessures musculaires, insomnies ou agitation nocturne. A tous ceux qui sont arrivés ici il y a 3 mois, vous ne vous reconnaissez pas un peu dans ces symptômes ? Cet état ne peut être corrigé que par l’absorption d’un volume de boissons (eau surtout) supérieur à ce qu’il faut pour étancher la soif : il faut boire AVANT la soif et PLUS QUE la soif !

 

Et côté vitamines et sels minéraux ?

Pour les vitamines, elles ne sont pas éliminées par la sueur (enfin quasiment pas pour être rigoureusement exacte) donc la chaleur intense ne les affecte pas : inutile donc d’avaler des vitamines, il n’y a rien à compenser de ce côté-là par fortes chaleurs et transpiration !

Côté sels minéraux (principalement sodium, potassium, magnésium et chlore), la sueur en contient beaucoup…que la peau réabsorbe aussitôt. Ainsi transpirer fait perdre des sels minéraux (la sueur est salée) mais moins que d’eau et leur concentration sanguine reste plutôt stable voire s’élève. On ne manque pas de sels minéraux quand on transpire. Il n’y a que chez les sportifs de haut niveau ou bien pour un exercice physique prolongé (plus de 30 minutes tels endurance, partie de tennis, etc) que les minéraux peuvent manquer et qu’il est recommandé de consommer une eau enrichie en sodium à 1,2 g de sel par litre; la Badoit (pardon pour la marque !) est un moindre mal même si sa quantité de sel reste faible. Elle est très minéralisée (1100 mg/L) et contient 180 mg/L de sodium qui correspondent à environ 500 mg (0,5 g) de sel (composition de la Badoit ici ). A défaut, la boisson dite « OMS » pour ceux qui en apprécient le goût peu agréable (1 litre d’eau avec 1 cuillère à café rase de sel et 3 cuillères à café rases de sucre blanc*). Dans tous les autres cas, de l’eau un peu minéralisée suffit (voir le post « de l’eau de ci, de l’eau de là »).

*pour les parents qui ont suivi mes formations « Urgences santé des Bébés et Enfants », il faut rectifier le chiffre de 6 cuillères à sucre que je vous avais donné car l’OMS a modifié ses recommandations pour la composition des solutés de réhydratation.

 

Sûr que l’eau un peu minéralisée suffit ?

Si l’état de « micro déshydratation » ou « déshydratation chronique » a bien été décrit, je n’ai rien trouvé sur les micros variations en sels minéraux qui nécessairement accompagnent cet état. Et comme je tiens à ne vous livrer que de l’information scientifique validée, je m’incline devant l’état actuel de la science: de l’eau ordinaire, de l’eau et encore de l’eau. Aucune trace dans la littérature médicale de recommandations de suppléments en électrolytes (sels minéraux et oligoéléments) pour des personnes en bonne santé exposées à de fortes chaleurs. D’autant qu’en la matière, il convient d’être excessivement prudent: on n’avale pas des électrolytes sans s’être assuré que leur dosage ne représente pas un risque pour les reins et le cœur qui seraient les premiers touchés en cas d’excès de l’un d’eux.

 

Vraiment pas d’autres boissons possibles ?

Un mot tout de même du « 100 Plus « qu’on trouve ici, y compris dans les établissements scolaires. Cette boisson contient par litre 68 g de sucre et 1,2g de sel (480 mg de sodium correspondent à 1,22 g de sel ; explications du calcul de conversion sodium en sel ici ). Et bien cette boisson est beaucoup trop sucrée ( 4 fois plus de sucre que la boisson recommandée type OMS qui en contient un peu moins de 15 g) et pas assez salée (la boisson type OMS contient un peu plus de 5 g de sel par litre). Donc exit le 100 Plus. Sans hésiter. Sa teneur en sel pourrait être intéressante pour les sportifs de haut niveau mais le sucre, définitivement non !

Il existe d’autres boissons disponibles ici : lisez les étiquettes et choisissez celles dont la composition est la plus proche de la solution OMS si vous êtes grand sportif. Pour les autres, je vous renvoie à mon post sur l’eau de boisson.

 

Alors en résumé, je fais quoi à Singapour pour lutter contre la chaleur ?

  • Boire, boire et re-boire plus que la soif, avant la soif, de l’eau et encore de l’eau !
  • Une eau de préférence fraîche à 12°C – 15°C, elle sera mieux et plus vite absorbée
  • Se réserver 1 à 2 h par jour à la clim réglée à 25-26°C est un plus (pas obligatoire mais pas de doute, ça aide à refroidir le corps !)
  • Se doucher à l’eau fraîche sans se sécher
  • Préparer ses efforts sportifs, conseil valable dès l’adolescence (les quantités indiquées seront réduites pour les enfants):

> Boire 500 mL d’eau dans l’heure qui précède l’effort

> Boire environ 1L d’eau par heure d’effort (eau plate ordinaire; un peu salée type Badoit si l’effort excède 30 minutes par plus de 32°C ou excède 1 heure en dessous de 32°C)

> Continuer à boire 1,2L par heure dans les 2 heures qui suivent l’effort

> les explications de ces recos se trouvent ici

Et on garde à l’esprit que la soif n’est pas un bon indicateur de nos besoins en eau !

Et une dernière info pour les voyageurs:

En arrivant de France, il faut 8 à 12 jours au corps pour s’habituer à la très forte chaleur de Singapour. Et il lui faut 8 jours pour se déshabituer quand on retourne en pays tempéré. Et à nouveau 8 à 12 jours pour retrouver l’équilibre une fois revenu ici. L’adaptation à la chaleur n’est donc jamais acquise pour toujours, elle est un perpétuel recommencement ! Pendant cette période d’adaptation, il est recommandé de préférer une eau de type Badoit ou légèrement salée et de réserver ses efforts sportifs (si vraiment on ne peut pas attendre !) aux moments de la journée où la température est nettement en dessous de 32°C. Pour les enfants, je n’ai pas trouvé de recommandations validées. Je ne peux que donner mon avis personnel, (je le fais donc avec une très grande prudence sans aucune garantie d’avoir raison !) : pour mes enfants j’aurais privilégié une eau minéralisée et je leur aurais donné les 10 premiers jours une alimentation plutôt un peu salée, mais sans excès non plus !

 Dr Anne Genetet – 12 Avril 2014

Références bibliographiques (elles ne sont pas en accès libre sur internet mais si vous souhaitez les consulter, je peux vous transmettre les pdf)
• Hubert J, Queneau P. Indications des eaux de boisson. Rev du Prat Méd Gén 2009. 23 (823) : 399-403.
• Lavallart B et al. Prévention des risques sanitaires liés aux chaleurs extrêmes. Rev du Prat 2004. 54 : 1312-16 .
• Miller V, Bates G. Hydration, hydration, hydration. Ann Occup Hyg 2010. 54 (2) : 134-136.

 

De l’EAU DE CI, de l’EAU DE Là

Par défaut

(mise à jour 21 Avril 2014 avec la composition de la Geroldsteiner pétillante, intéressante pour les fans d’Hépar et d’Aqua de Danone )

Ici à Singapour, le climat ne nous laisse aucun choix : il nous faut boire, boire et re-boire…et de l’eau, de l’eau, de l’eau. Et de l’eau potable bien sûr, facile à trouver ici, mais parfois plus compliqué dans certaines zones géographiques alentours. Et au fait, quelle eau faut-il choisir ? Potable ? Minérale ? Embouteillée ? « Embonbonnée » ? de Singapour ? de France ou d’ailleurs ? Voici toutes les infos sur l’eau ou plutôt sur les eaux à notre disposition et entre lesquelles on ne sait pas toujours choisir !

Dis-moi : pourquoi « potable » ?

Une eau potable est une eau que l’on peut boire sans risque pour la santé. Cela ne signifie pas qu’elle ne contient aucun composé dangereux pour la santé mais que, si elle en contient, c’est en quantité très, très faible (pour chaque substance cancérigène, le risque maximum admis par l’OMS est de 10-5 soit 1 cas de cancer supplémentaire lié à cette substance dans une population de 100 000 personnes qui consommeraient cette eau durant une vie entière). Les recommandations de l’OMS sur la qualité de l’eau sont d’une extrême précision et sont rassemblées dans des centaines de pages…autant dire indigestes, je n’ai pas pu tout absorber ! Mais sachez que tout a été étudié, analysé, évalué : les composés naturellement présents dans l’eau (calcium, fer, magnésium, etc), ceux arrivés accidentellement (germes biologiques, pesticides, déchets industriels), ceux issus du traitement de l’eau (chlore, ozone) et ceux libérés par les tuyaux et réservoirs de stockage (plomb, cuivre, etc), tout ça pour définir pour chacun des constituants possibles des limites maximum acceptables dans nos verres ! Tout est expliqué et chiffré par l’OMS ici et et pour la France ici.
Un dossier du CNRS sur l’eau potable se trouve ici.

L’eau potable est-elle la même à tous les robinets ?

Pas forcément. Chaque pays peut avoir ses propres normes ou bien décider de suivre les recommandations de l’OMS. Singapour suit les recommandations de l’OMS. En Europe, la qualité est partout la même : 63 paramètres sont analysés (On en étudiait seulement 6 en France il y a 120 ans !). Et la réglementation est de plus en plus sévère : aujourd’hui les normes doivent être respectées à l’extrême bout de la chaîne de distribution, c’est-à-dire à la sortie de chacun de nos robinets alors qu’il y a 10 ans, ces mêmes normes n’étaient obligatoires et contrôlées qu’en début de chaîne, au centre de production et de distribution d’eau, donc bien avant le robinet.

 

Eau dure ? Eau douce ? C’est quoi la différence ?

Ce sont les sels minéraux* que l’eau contient: beaucoup de minéraux, l’eau est dure ; peu, l’eau est dite douce. Chacune a ses avantages et ses inconvénients. L’eau dure serait peut-être bénéfique pour la santé (études en cours) mais elle est le calvaire des appareils électro-ménagers qu’elle entartre parfois jusqu’à la lie ! Quant à l’eau douce, elle permet une meilleure efficacité des savons et détergents (linge et mains mieux lavés !) et les canalisations restent « propres » (sans tartre), sauf que cette absence de tartre les rend plus vulnérables à la corrosion et aux fuites ! L’idéal : un peu dure mais pas trop, un peu douce mais pas trop…la quadrature du cercle ! Les sels minéraux se mesurent en milligrammes repérés sur l’étiquette d’une bouteille par l’expression « résidu sec ». La dureté se mesure dans une unité barbare que je laisse aux spécialistes des choses compliquées qui n’ont pas besoin de se faire comprendre du consommateur lambda. Des exemples d’eau douce avec au plus 200 mg de sels minéraux dissouts par litre d’eau : les eaux minérales de Bretagne et …l’eau de Singapour ! De nombreuses eaux minérales vendues en bouteille à Singapour sont même totalement déminéralisées. Et on trouve dans certains coins du bassin parisien des eaux du robinet qui titrent jusqu’à 900 mg de sels minéraux par litre, ce qui est relativement élevé et peut nécessiter le recours à un adoucisseur d’eau.

*les sels minéraux ce sont des éléments (ou corps simples en chimie) de source minérale présents en grande quantité: ce sont le calcium, sodium, magnésium, phosphore et potassium. Le chlore en fait partie mais pose excessivement rarement de soucis ni en excès, ni en carence dans l’eau de boisson. D’autres éléments d’origine minérale sont également présents mais en toute petite quantité; on les appelle oligoéléments: le fer, le zinc, le fluor, le cuivre, l’iode, le manganèse, le cobalt, le sélénium, le vanadium, le molybdène, le chrome...

 

D’où vient l’eau du robinet de Singapour ?

Singapour s’approvisionne grâce à 4 méthodes très différentes dont les deux premières couvrent déjà 40% des besoins en eau potable avec un objectif de 80% d’ici 2060 :

  • le traitement des eaux usées (4 usines de traitement fournissent 30% des besoins en eau potable, objectif de 55% en 2060)
  • la désalinisation de l’eau de mer (qui fournit 10% des besoins avec un objectif de 25% des besoins en 2060).
  • l’importation en provenance de Malaisie
  • Le captage (sources souterraines et surtout eaux de pluie stockées dans 17 réservoirs)

L’eau de Singapour, sa production, sa distribution ainsi que le système des eaux usées, est gérée par une agence nationale de l’eau appelée PUB. Les explications détaillées se trouvent ici .
Quelle que soit son origine (eau usée, eau de mer, eau de pluie, eau de Malaisie), l’eau est de qualité strictement égale, de goût identique, parfaitement contrôlée, et ne représente aucun danger pour la santé. Il ne faut donc pas laisser notre imagination nous faire peur, ce serait totalement infondé ! Après tout, en France le raisin reste encore parfois foulé au pied pour faire le vin…ça n’en dégoûte pas beaucoup quand on sait la consommation qui suit la production ! Et que dire des pieds de cochon, langue de bœuf, rognons d’agneau, escargots et autres délicatesses bien de chez nous ?

 

Quelle est la composition de l’eau du robinet à Singapour ?

Tout se trouve ici.
Les quantités de chlore, cuivre, nitrates et nitrites sont très inférieures aux normes OMS. Contrairement à la France, l’eau est ici enrichie en fluor (0,47 mg/L), la limite internationalement acceptée étant de 1,5 mg/L . Chez le nourrisson et le très jeune enfant qui consomment de l’eau du robinet, il faut tenir compte de cette teneur en fluor dans les apports fluorés afin de ne pas dépasser la limite quotidienne recommandée qui est de 1 mg par jour. On notera par ailleurs que, du fait de sous-sols granitiques dans la région, elle contient de la silice, un composant sans effet sur la santé et dont l’OMS ne définit donc pas les valeurs seuils. Elle contient assez peu de carbonate de calcium ce qui la range dans la catégorie des eaux douces et est au total faiblement minéralisée avec seulement 133 mg/L de sels minéraux dissouts. Il faut donc retenir que l’eau du robinet à Singapour est une eau très faiblement minéralisée, donc très douce.

 

Et la composition de l’eau en France ?

Elle varie nettement d’une région à l’autre en fonction des sous-sols d’où elle est extraite. Je prendrai pour comparatif une eau moyenne, ni trop dure, ni trop douce, l’eau de Paris (et oui, j’en suis originaire, je parle donc de ce que je connais le mieux ! Que les non-Parisiens me pardonnent !). L’eau de Paris provient à la fois de rivières et de sources souterraines. Seul l’Est de Paris ne reçoit aucune eau de source mais seulement les eaux traitées de la Seine et de la Marne. L’eau de Paris se trouve être nettement plus minéralisée que celle de Singapour avec un total de 420 mg de résidu sec par litre mais elle reste considérée comme faiblement minéralisée. Elle a une teneur modéré en calcium (90 mg/L), pauvre en sodium (10 mg/L, c’est l’élément qui pourrait donner un goût salé à l’eau s’il était en grande quantité), riche en bicarbonates (220 mg/L), raison pour laquelle elle est plutôt considérée comme dure.
Toutes les infos sur l’eau de Paris sont ici. Et pour les autres régions de France, on trouvera ça en dernière page de ce document ici.

 

Et la composition des eaux en bouteille ?

Ici il faut distinguer eau de source et eau minérale.
L’eau de source (en bouteille) est une eau souterraine pompée à l’abri de toute pollution. Elle n’est pas traitée et on ne lui a rien ajouté et, telle quelle, elle est naturellement potable. Mais sa composition n’est jamais garantie stable : elle peut varier en fonction de la pluviométrie notamment. Et attention : à un même nom commercial peuvent correspondre plusieurs sources différentes (notées en général sur l’étiquette), de compositions parfois très différentes : ainsi l’eau Cristaline provient de près de vingt sources distinctes avec des concentrations en calcium qui varient de 6,4 mg à 165 mg/L !!
L’eau minérale naturelle est aussi une eau souterraine pompée à l’abri de toute pollution ; mais, pour une source donnée, sa composition est constamment la même à la différence de l’eau de source. Elle n’est pas traitée. Cette stabilité l’autorise à déclarer avoir des « propriétés favorables à la santé » (appellation attribuée par l’Académie Nationale de Médecine qui n’a aucun rapport avec l’Anses cité plus haut). Attention aussi aux étiquettes : Vittel a plusieurs sources et notamment la Vittel-Hépar qui n’a rien à voir avec la Vittel classique…

 

Mais alors, quelle eau pour la santé ?

Les effets bénéfiques de l’eau sur la santé seraient l’objet d’un très long post ; je pense y revenir prochainement. Ici à Singapour, exposés que nous sommes tous à la chaleur qui entraîne perte d’eau et avec elle, perte de minéraux, il est recommandé de boire beaucoup, souvent et de préférence une eau minéralisée. L’eau du robinet de Singapour est insuffisamment minéralisée à long terme, à moins que l’on ait une importante consommation de fruits frais (pour les minéraux) et une perte hydrique très réduite (peu de transpiration, peu de sport par exemple). Tout étant une question d’équilibre. Je ne le recommanderais pas en France mais ici, la situation est clairement différente. La question de savoir si on peut remplacer les minéraux que nous perdons par des sachets de minéraux, je ne peux y répondre maintenant ; je suis en train d’étudier les produits qui se vendent ici et j’espère pouvoir y revenir d’ici quelques semaines (oui, semaines car le nombre de produits vendus est hallucinant ! C’est un travail de titan dans lequel je me suis lancée !).
Et à la question de savoir s’il faut changer d’eau de boisson régulièrement en les alternant, ceci n’est qu’un message marketing colporté par des distributeurs qui cherchent à partager un copieux gâteau qu’est le marché des eaux de boisson ! Donc non, inutile d’alterner les eaux de boisson pour des raisons de santé. ou alors, il faudrait aussi déménager régulièrement pour changer son eau du robinet? Ce n’est pas sérieux évidemment! Mais ça peut arriver de changer d’eau pour une autre raison, économique, disponibilité, goût personnel et ça ne remettrait pas en cause l’effet santé de l’eau consommée.

 

Et quelle eau pour les nourrissons ?

En France, la nouvelle autorité de contrôle sanitaire des aliments (Anses lien ici ) préconise depuis 2003 les qualités suivantes :

  • Eau non effervescente
  • Résidu sec ≤ 1000 mg/L
  • Fluor ≤ 0,3 mg/L
  • Sulfates ≤140 mg/L
  • Calcium ≤ 100 mg/L
  • Magnésium ≤50 mg/L
  • Nitrates ≤ 10 mg/L
  • Des taux très faibles d’ions rares tels cyanure, bore, cuivre, plomb, nickel, zinc, chrome
  • Aucun germe pathogène

Autant dire que beaucoup d’eaux du robinet répondent à ces critères, y compris celle de Singapour ! Et du côté des eaux minérales, Evian, Valvert, Volvic notamment répondent à ces critères.

 

Et chez les ados ?

Toutes les eaux de boisson, robinet ou minérale, peuvent leur convenir. Pour un ado qui consommerait peu de laitage alors qu’à son âge ses besoins en calcium sont très importants (1200 mg/jour sachant qu’un pot de yaourt en apporte 140 mg), une eau riche en calcium, sans remplacer le lait, peut néanmoins être intéressante. Attention en revanche aux boissons enrichies qui, outre du calcium, contiennent aussi des sucres…à fuir !

 

Quid des eaux de boisson vendues à Singapour ?

Un seul conseil : lire les étiquettes et relire, et re-relire !

Pour les bouteilles, la très grande majorité sont des eaux distillées (distilled water) qui ne sont ni des eaux de source, ni des eaux minérales mais des eaux …purifiées par des procédés physico-chimiques. Elles sont totalement pures tant qu’elles ne sont pas en contact avec l’air. Elles ne contiennent aucun minéraux d’où un goût pas toujours très agréable.

Du côté des eaux en bombonne, on va trouver des eaux de source. L’eau Natural Springs par exemple vient d’Australie. C’est une eau peu minéralisée qui convient aux nourrissons avec la composition suivante :

  • Résidu sec 316 mg/L (2,5 fois plus que l’eau du robinet de Singapour)
  • Calcium 19 mg/L
  • Magnésium 30 mg/L Sodium 25 mg/L
  • Bicarbonate 270 mg/L

Pour la marque « Polar », ils vendent 2 types d’eau : déminéralisée ou minérale. La minérale …n’est pas minérale au sens français du terme puisque c’est une eau de source qui a été modifiée pour être purifiée ; elle est très faiblement minéralisée avec la composition suivante :

  • Résidu sec 104 mg/L (encore moins que l’eau du robinet !)
  • Calcium 18 mg/L
  • Magnésium 4 mg/L
  • Sodium 9.2 mg/L
  • Sulfates 7.5 mg/L
  • Bicarbonates 82 mg/L

Quant à l’eau Aqua distribuée par Danone, Voici ce que j’ai trouvé sur l’étiquette en magasin:

  • Résidu sec (calculé): 103 mg/L
  • Calcium: 14.5 mg/L
  • Magnésium: 4.5 mg/L
  • Sodium: 8.5 mg/L
  • Sulfates: 2.4 mg/L
  • Bicarbonates: 72 mg/L

Ces données en font une eau équivalente à l’eau du robinet de Singapour. Le site internet annonce que c’est une eau de source d’Indonésie. Si vous avez plus de détails sur Aqua, je suis preneuse ! (Après avoir parcouru leur site internet, j’ai tout de même du mal à comprendre pourquoi on distribue autant d’eau embouteillée dans un pays comme l’Indonésie qui a une pluviométrie tout de même très au-dessus de nos contrées européennes. Sauf si les chiffres présentés par Danone sont en réalité une toute petite partie de l’eau totale consommée ? )

 

En conclusion, une bonne eau de boisson se doit d’être un peu minéralisée avec au moins 300 mg/L de sels dissouts sans dépasser 1000 mg/L, peu importe la répartition en minéraux.

 

Enfin pour finir ce long post, voici quelques compositions d’eaux minérales françaises:
Eau d’Evian :

  • Résidu sec 309 mg/L
  • Calcium 80 mg/L
  • Magnésium 26 mg/L
  • Sodium 6.5 mg/L
  • Sulfates 12.6 mg/L
  • Bicarbonates 360 mg/L

Eau de Vittel, source classique dite aussi grande source (non recommandée pour les nourrissons car trop riche en calcium) :

  • Résidu sec : 844 mg/L
  • Calcium 203,8 mg/L
  • Magnésium 43.1 mg/L
  • Sodium 5 mg/L
  • Sulfates 328.9 mg/L
  • Hydrogénocarbonates : 399 mg/L

Et l’eau de Vittel source Hépar, dite aussi eau d’Hépar, est très minéralisée (totalement décommandée pour les nourrissons !) :

  • Résidu sec de 2513 mg/L
  • Calcium 549 mg/L
  • Magnésium 119 mg/L (d’où ses vertus revendiquées sur la constipation)
  • Sodium 14 mg/L
  • Sulfates 1530 mg/L
  • Bicarbonates 384 mg/L
  • Fluor 0.4 mg/L

Une eau proche de Vittel Hépar vendue à Singapour: eau GEROLSTEINER pétillante dont la composition est la suivante:(ATTENTION: sa composition l’interdit aux nourrissons et la rend peu recommandée avant l’adolescence):

  • Résidu sec: 2479 mg/L
  • Calcium: 348 mg/L
  • Magnésium: 108 mg/L
  • Sodium: 118 mg/L (attention: nettement plus salée que l’Hépar; très intéressante pour le sport à condition d’enlever les bulles en la laissant s’aérer après ouverture)
  • Sulfate: 38 mg/L
  • Bicarbonates: 1816 mg/L

 

Dr Anne GENETET – 7 Avril 2014 – Mis à jour 21 Avril 2014