On vous a dit « Mycoplasme » ? Ah bon ?

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Déjà, on commence par une petite mise au point : on dit « Mycoplasme pulmonaire » (Mycoplasma pneumoniae précisément. Le « mycoplasme tout-court », ça n’existe pas ! OK ? « Mycoplasme » (avec une majuscule) c’est un peu le nom de famille et pneumoniae son prénom; et la famille est grande ! Sans le prénom, on ne sait pas de qui on parle ! Si je vous parle de Mycoplasme pulmonaire ici c’est pour 2 raisons : (1) on en parle bien trop à Singapour et (2) une étude chez les moins de 18 ans vient de sortir qui démontre avec rigueur que le Mycoplasme pulmonaire n’est pas si fréquent que ça. Si vous voulez creuser le sujet, je vous propose 3 publications.

De quel type d’étude s’agit-il ?

Une étude d’observation (dite prospective) menée en Norvège. On a défini des critères très précis que devaient présenter les patients pour être inclus dans l’étude. Ici il s’agissait de patients âgés de moins de 18 ans, atteints de pneumonie et vus par un médecin de ville ou hospitalisés. L’objectif était de rechercher précisément le germe responsable de la pneumonie : virus, si oui lequel? Pneumocoque ? Autre bactérie ? Il fallait un grand nombre de patients pour que les résultats puissent être généralisés.

Quels patients ont été inclus dans l’étude ?

En tout, 265 patients âgés de moins de 18 ans et qui tous présentaient des signes francs et indiscutables de pneumonie c’est-à-dire : fièvre au-dessus de 38°C, une respiration accélérée (tachypnée) ou des signes objectifs de fatigue respiratoire (rétraction thoracique) et une image nette de pneumonie sur la radiographie pulmonaire. Il faut souligner que 85% d’entre eux avaient été vaccinés contre le Pneumocoque (Prevenar© chez l’enfant).

Et qu’a trouvé cette étude?

Sur les 265 patients, les responsables étaient surtout et avant tout des virus  : ils avaient contaminés près de 2 patients sur 3 (63.4%). Pour le reste, on retrouve un Pneumocoque dans 1 cas sur 10 et aucun germe identifiable dans 1 cas sur 6. Quant au Mycoplasme pulmonaire, il était le plus rare : seulement 1 cas sur 13. Mais avec une grande inégalité : il est quasi absent avant l’âge de 5 ans mais au-dessus de l’âge de 5 ans, il représente 40% des germes trouvés. On en déduit donc que quel que soit l’âge, le diagnostic de Mycoplasme pulmonaire ne doit pas être la première hypothèse. Seulement la 2nde hypothèse chez un patient âgé de plus de 5 ans et seulement la 3ème ou 4ème chez le tout petit de moins de 5 ans.

Alors finalement, c’est vraiment rare ce Mycoplasme pulmonaire ?

Oui et non ! Si on parle des seules infections qui rendent vraiment malade : une pneumonie, une otite, une trachéo-bronchite, une laryngite, toutes ces pathologies sont d’abord causées par d’autres germes que le Mycoplasme pulmonaire. Le Mycoplasme pulmonaire est donc plutôt rare. Sauf que 40% de pneumonies dues au Mycoplasme pulmonaire, c’est un chiffre élevé : c’est donc fréquent mais pas le plus fréquent, vu ?  En revanche, si on recherche le Mycoplasme pulmonaire chez des personnes qui n’ont aucun signe de maladie, on le retrouve assez souvent dans la sphère nez-gorge-oreilles: il existe donc des porteurs sains. Ce sont soit des personnes qui se sont défendues contre le germe sans jamais développer de maladie, soit des personnes qui ont été malades il y a plusieurs semaines ou mois. Car cette bactérie présente la particularité de pouvoir persister quiescente (silencieuse) dans le corps plusieurs semaines ou mois après une infection aiguë. C’est ainsi qu’on estime à 20% le nombre d’adultes qui sont porteurs sains de Mycoplasme pulmonaire : et 20% c’est très fréquent !

Et on peut l’attraper facilement ?

Oui et non. Disons que croiser dans la rue ou au bureau une personne porteuse saine ne suffit pas. Ce germe demande un contact étroit, rapproché entre 2 personnes et suffisamment prolongé. C’est donc en famille que ça se passe, ou bien en internat ; on a aussi des épidémies dans des casernes ou des couvents. Et en tout cas, les clims n’y sont pour rien du tout ! D’autant plus que le Mycoplasme pulmonaire survit moins bien dans un air asséché (par exemple un air climatisé) que dans un air chargé en humidité. Malgré tout, même avec un contact étroit et prolongé, le taux de transmission est faible : on peut y échapper même en famille ! Et puis un avantage du Mycoplasme pulmonaire c’est que seulement 3 à 10% des personnes contaminées développeront une pneumonie ! Tous les autres pourront avoir soit des signes a minima parmi ceux cités juste après, soit aucun signe du tout !

Comment reconnaître les signes d’infection à Mycoplasme pulmonaire?

Les signes sont nombreux et aucun n’est spécifique de cette bactérie. Puisque son prénom est « pulmonaire », il s’agit de signes respiratoires avant tout ! Chez l’enfant, cela peut commencer par une laryngite (« croup » ici), une voix rauque, un mal de gorge, une trachéo-bronchite, parfois une otite moyenne, puis une toux sèche par quintes, qui gênent autant la nuit que le jour, le tout avec une fièvre entre 38 et 39°C. Voilà pour les signes respiratoires. Et surtout, il y a toujours des signes radiologiques qui finissent par apparaître, pas  forcément tout de suite mais à retardement parfois de plusieurs jours ou dizaine de jours. Sans un ou plusieurs de ces signes, le diagnostic d’infection à Mycoplasme est très improbable. D’autres signes peuvent s’ajouter : mal de tête, douleurs articulaires, fatigue (mais elle a bon dos la fatigue ! Toutes les fatigues ne sont pas des infections Mycoplasme pulmonaire, et notamment une fatigue sans aucun signe respiratoire doit faire rechercher un autre diagnostic) et même aussi nausées et vomissements. Vous voyez, le spectre est large !

Faut-il faire une prise de sang ou un prélèvement ?

Le seul moyen d’être sûr à 100% que c’est une infection à Mycoplasme serait de faire 2 prises de sang à 2 ou 3 semaines d’intervalle, la première ne devant pas avoir lieu trop tôt après le début des symptômes. Une augmentation du taux d’anticorps de type IgM (X4) ou IgG signe l’infection à Mycoplasme pulmonaire. Et c’est le seul moyen recommandé par les protocoles internationaux. Cela dit, les protocoles ne sont pas butés : et il a été noté que c’est contraignant et compliqué en pratique de faire 2 prises de sang espacées. D’autres tests ont donc été développés qui ne requièrent qu’une seule prise de sang. Mais le titre d’anticorps mesuré doit être confronté à la clinique : si le patient ne présente aucun des signes que je décrivais plus haut, alors ce dosage élevé correspond sans doute à une infection ancienne ou à un portage sain : nul besoin de traitement ! On ne traite JAMAIS une prise de sang ! On traite un malade, c’est à dire une personne qui présente indiscutablement des signes et symptômes qui font penser à une infection à Mycoplasme pulmonaire et qui, en plus, a un dosage d’anticorps élevé.

 

Alors le traitement, c’est quoi et pour quels cas ?

Le traitement sera réservé uniquement aux cas de pneumonie telle que je l’ai décrite plus haut avec ou sans la prise de sang. Pour tous les autres cas, l’abstention est recommandée car l’infection à Mycoplasme pulmonaire guérit quasiment toujours spontanément. Et si cela s’aggravait, il serait toujours temps de démarrer un traitement sans que ce retard à démarrer un traitement compromette les chances de guérison et de récupération. Au contraire, le retard peut permettre de faire éclore des signes plus francs, plus évidents qui seront d’une grande aide au diagnostic. D’ailleurs, dans l’étude norvégienne citée au début de ce post, la moitié des enfants de moins de 5 ans n’a reçu aucun traitement malgré les signes évidents de pneumonie : et tous ont guéri ! Comme quoi le traitement n’est vraiment pas une obligation, en tout cas ne nécessite pas de se précipiter.

Et quel traitement ?

La classe d’antibiotiques efficaces est les macrolides. Le traitement recommandé est l’érythromycine. Seulement voilà, c’est compliqué à prendre, tout plein d’effets secondaires pas sympas et surtout contre-indiqué chez l’enfant de moins de 7 ans. Donc on lui préfère l’azithromycine (Zithromax) sur une durée de 6 à 14 jours selon les protocoles ou la clarithromycine (Klacid ici) sur 15 jours. Mais attention : cela uniquement pour la pneumonie à Mycoplasme pulmonaire pas pour les autres cas ! Car les autres cas, d’abord, on n’aura jamais la certitude que c’est un Mycoplasme pulmonaire (même avec une prise de sang) et ensuite, le Mycoplasme se guérira tout seul !

 

Et si on donnait un traitement antibiotique préventif ?

Pas question ! Pour être honnête, ça a été étudié mais ce n’est pas du tout recommandé. Car le risque serait grand que le Mycoplasme pulmonaire, à force de rencontrer des antibiotiques, se développe une carapace et devienne résistant. Comme le disait la campagne de l’assurance maladie en France il y a quelques années : « les antibiotiques, c’est pas automatique ! ».

Voilà, vous savez tout sur l’infection à Mycoplasme pulmonaire. Vous pouvez en savoir encore plus en lisant les articles que j’ai listés en biblio.

Et un dernier mot : vous avez le droit de challenger le médecin qui vous affirme en voyant votre prise de sang : « it’s a Mycoplasm ! » comme s’il avait trouvé le graal et qui vous sort une splendide prescription d’antibiotique ! Posez –lui des questions. Demandez-lui pourquoi. S’il vous sent réticent, il proposera peut-être de différer le traitement et d’attendre d’autres signes plus marqués.

Ceux qui me connaissent savent que ça me travaillait depuis longtemps de dire la vérité sur cette infection à Mycoplasme pulmonaire et de prendre sa défense car je trouve qu’il fait un coupable un peu trop idéal, on le met partout, à toutes les sauces et les prescriptions d’antibiotiques qui en découlent représentent à long terme une menace de santé publique. Notre panel d’antibiotiques efficaces est trop petit pour le galvauder…

Bibliographie (des centaines d’articles et études ont été publiés; je n’en ai retenu que les revues les plus parlantes, outre l’étude norvégienne)

  • Waites B et Talkington D. Mycoplasma pneumoniae and its role as a human pathogen. Clin Microbiol Rev. 2004; 17 (4) : 697-728. Texte intégral ici
  • Berg AS et al. Etiology of pneumonia in pediatric population with high pneumococcal vaccine coverage. A prospective study. Pediatr Infect Dis J. 2016; 35:e69-e75
  • Meyer Sauteur PM et al. Antibody responses to Mycoplasma pneumoniae : role in pathogenesis and diagnosis of encephalitis? PLoS Pathog. 2014; 10(6): e1003983. doi:10.1371/journal.ppat.1003983
  •  Le point de vue de Santé Canada ici
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Coup de foudre à Singapour

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Le saviez-vous ? Singapour est l’endroit où l’on compte le plus de coups de foudre. Je sens que les célibataires se réjouissent déjà d’autant qu’ils auront peut-être entendu parler de la fièvre jaune (que certains couples meurtris nommeront plutôt péril jaune). Même s’il y a sans doute matière à dire sur les liens étroits entre santé et coup de foudre, je vais laisser de côté la métaphore et rester bien plus terre à terre ou plutôt ciel à terre pour parler des orages à Singapour. Il y a tout de même quelques bonnes raisons d’en parler et d’apprendre à s’en protéger. Apprenez surtout à vos enfants à mesurer les risques, je pense notamment à tous ceux qui circulent en vélo entre chez eux et leur école.

Quels risques à Singapour ?

Majeurs car Singapour est située dans l’une des 6 zones du globe les plus touchées par la foudre : je n’ai pas réussi à trouver le nombre d’impacts par an. Mais en nombre de jours d’orage, c’est plus d’un jour sur deux avec 168 jours d’orage par an. Avec un gros pic en Avril et Mai (en moyenne 19 jours d’orage dans le mois) un 2ème pic à peine moins marqué en Octobre et Novembre (18 jours par mois). Les mois les plus calmes sont Janvier et Février avec « seulement » 4 à 5 jours d’orage dans le mois. Les orages frappent préférentiellement l’après-midi , entre 14h00 et 18h00, au moment du pic de chaleur et de convection.

Tout et tout le monde ici y est exposé même le Merlion qui a été foudroyé en février 2009 ; l’impact de foudre y avait fait un trou de la taille d’un ballon de foot et le Merlion avait dû être fermé plusieurs jours pour réparation. Heureusement, pas de victime ce jour-là !

Et pourtant malheureusement, la foudre fait des victimes chaque année, peu mais c’est toujours trop : entre 1 et 3 décès par an. Sans doute bien pus de blessés. Et presque à chaque fois, les personnes se trouvaient dehors, mal protégées ou trop exposées.

Comment prévoir l’arrivée de la foudre ?

Les signes évidents : le vent qui se lève brutalement, un ciel qui s’assombrit, des cumulo-nimbus qui s’accumulent. Moins évidents : les cheveux qui deviennent « électriques » et se hérissent sur la tête, une petite décharge en touchant un objet métallique pointu.

Mais surtout, le bruit du tonnerre : Le danger est majeur quand il se passe moins de 3 secondes entre l’éclair et le coup de tonnerre (l’orage est à moins de 1 km). Le danger est grand quand le délai est de 15 secondes (orage situé à moins de 5 km).

Le LFS est équipé d’un dispositif de repérage du risque foudre bien avant que l’orage ne soit en approche. Quand cette alarme sonne, les élèves doivent cesser à l’instant même toute activité extérieure et rentrer se mettre à l’abri. Ça vaut aussi pour la piscine.

Quels sont les risques dehors?

Tout plan d’eau (piscine, mer, mare), les arbres, les arbustes, les rochers, une cabane , une clôture ou un portail métallique, un pylône, un club de golf, un vélo, une trottinette, bref tout ce qui dépasse en hauteur sur une surface plane et tout ce qui est conducteur d’électricité. Alors quand un enfant rentre de l’école sous l’orage, on lui ouvre le portail avant et on lui recommande de NE PAS toucher le portail !

Comment se protéger quand on est dehors ?

Quand on est en groupe, on se place à au moins 3 mètres les uns des autres (donc on ne se donne pas la main ! En même temps, à 3m, c’est un peu compliqué à moins d’avoir des bras de pieuvre).

On s’éloigne de tout ce qui forme aspérité : rocher, cabane, arbre, arbuste, sculpture, pylône ou de ce qui est conducteur d’électricité (piscine, mer, mare, vélo, trottinette, clôture, portail de métal, etc).

Si on ne peut pas rejoindre un bâtiment, on se met en position accroupie, pieds serrés, les bras autour des genoux et la tête baissée rentrée dans les épaules. On aura pris soin d’enlever tout ce qui contient du métal et qui est au-dessus de nos épaules (bijoux, téléphone mobile, écouteurs, casque, lunettes) et de les jeter à distance ou de les mettre dans son cartable qui lui-même sera placé à au moins 3 mètres de soi. Si on a un ciré avec soi, on peut l’étendre au sol et se mettre dessus, toujours dans cette position accroupie.

Si on est en vélo ou trottinette (ou moto), on descend de son engin et on s’en éloigne d’au moins 3 mètres. Car la gomme des pneus ne protège pas du foudroiement, c’est un mythe !

On cherche ses tongs à toute vitesse et surtout, on ne marche pas pieds nus sous l’orage !

Et dans la maison, est-on à l’abri vraiment ?

Pas totalement. Mais la protection anti-foudre des bâtiments à Singapour est très intéressante : la foudre ici est si fréquente et puissante que les « paratonnerres » courants en France seraient parfaitement dépassés. Singapour utilise un système astucieux (qu’un ingénieur saura vous expliquer bien mieux que moi, chacun ses compétences !) : pour les maisons individuelles, il s’agit d’une lame de cuivre qui ceinture toute la maison à hauteur du bas du toit avec le moins de coudes possibles. Cette ceinture descend ensuite verticalement dans le sol, à nouveau sans coude car il faut que ce soit en droite ligne. Et si vous observez les toits des maisons, vous y trouverez à chaque angle du toit ainsi qu’aux extrémités du faîtage des piques placées pointe en haut genre aiguilles à tricoter : elles sont chacune reliée par un câble conducteur à la ceinture de cuivre. Ce système n’empêche bien entendu pas la maison d’être foudroyée mais la foudre sera conduite à la terre efficacement. Par ailleurs, le béton armé et les tuyauteries de cuivre conduisent aussi la foudre vers le sol.

Malgré cela, certains risques persistent dans une maison : pendant un orage, on ne prendra ni douche, ni bain ; on n’utilisera pas un robinet. On ne s’appuie pas aux murs de béton et on ne s’allonge pas au sol. Et si on veut protéger ses appareils électriques et électroménagers, on les débranche, on les déconnecte et on place les prises de branchement à plus de 40 cm du mur (la foudre tombe sur une maison, c’est tous les appareils d’un coup qui sont morts, la foudre ne choisit pas ses cibles !).

Que faire si une personne est foudroyée devant nous ?

Le foudroyé n’est PAS porteur de charge et peut être touché. On suivra le protocole PAS « Protéger, Alerter, Secourir » dans cet ordre:

Protèger : on éloigne tout ce qui peut mettre en danger la victime ; on ne le déplace pas (possibilités de blessures internes graves provoquées par la foudre). On évalue aussi la personne : est-ce qu’elle répond (lui demander son nom, lui demander de serrer votre main). Si elle ne répond pas, est-ce qu’elle respire (observer le thorax, écouter en mettant l’oreille sur son visage, et sentir si on sent un souffle d’air sortir de son nez ou sa bouche).

Alerter : ici le 995 ambulance (bien préciser “ambulance with paramedics”)

Secourir : si la personne ne respire plus, on doit démarrer un massage cardiaque avec défibrillation*. On n’arrête que lorsque les secours sont à nos côtés, prêts à prendre le relai sans aucune seconde d’interruption entre nous et eux. Si la personne respire, on reste auprès d’elle en attendant les secours et on vérifie sa respiration toutes les minutes. Si elle est consciente, on lui parle et on la fait parler constamment de façon à déceler immédiatement toute plongée en somnolence.

*si on n’est pas formé, on aura pris soin de télécharger l’appli « First Aid with British Red Cross » sur laquelle on trouvera la video de ces gestes qui sauvent.

Quelques mythes à faire tomber :

  • Un foudroyé peut être touché : il ne porte pas de charge électrique.
  • Les semelles gommes de mes chaussures me protègent : c’est FAUX ! La puissance de la foudre est telle que l’épaisseur d’une semelle gomme sera toujours trop mince. Idem pour les pneus de vélo, de voiture ou de moto.
  • Les plans d’eau attirent la foudre : c’est FAUX ! (seules les aspérités et reliefs attirent la foudre) mais les plans d’eau sont conducteurs. Donc on peut être électrocuté même si la foudre est tombée loin de nous sur le plan d’eau.

 

Pour en savoir plus, je vous recommande :

Les explications et recommandations de la National Environment Agency de Singapour ici

La carte des éclairs en temps réel (fascinant !) ! ici 

Les explications du service de météo US ici

La « World Lightning map » de la NASA ici

Il court, il sue, il tombe (histoire vraie)

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Ce post pour vous parler du coup de chaleur de l’exercice, enfin c’est comme ça que les médecins appellent cet effet super dangereux de la chaleur sur le corps et qui peut arriver à n’importe qui, surtout jeune et en forme, la preuve ci-dessous.

(cette histoire vraie est tirée d’un cas clinique authentique proposé en Mai 2010 dans la Revue du Praticien Médecine Générale par les Dr L Garcia et MH Groff sous le titre « Cross à risque »).

C’est l’histoire d’un type jeune, 25 ans, sportif, coureur de fond, très entraîné, hygiène de vie sans défaut,  sans antécédent médical, bref en bonne santé et sain de corps.

Voilà qu’il participe à une course de fond, 15 km, a priori tranquille pour lui. Comme d’hab quoi. Une course de plus à son compteur bien rôdé. Sauf que ce jour-là, il fait 29°C dehors et pas un souffle de vent. J’oubliais de préciser: ça se passe en France, en Bretagne. Bon, 29°C, c’est chaud (surtout pour la Bretagne!) mais ça reste en-dessous du seuil des 32°C de la peau qui permettent une bonne transpiration, donc un bon contrôle de la température intérieure du corps (voir mon post « les chocs du chaud » si vous l’avez loupé). Et puis 29°C, c’est pas non plus les 32°C et plus de Singapour avec 80% d’humidité!

Sauf que pour notre athlète, l’histoire va tourner court: au bout de 30 minutes de course (les runners sauront me dire combien de km ça faisait environ), il s’écroule dans le fossé; il est conscient, il parle mais ses propos ne tiennent pas la route (pas plus que ses  jambes) et les secours sont appelés. Le médecin qui s’occupe de lui lui trouve une fièvre à 40,2°C, une tension dans les chaussettes, un cœur qui bat la chamade (150 / minutes tout de même!) et une peau sèche, archi sèche, pas une goutte de transpiration. Inutile de penser à une grippe pour la fièvre ou à une autre infection sournoise.

Fièvre au-dessus de 40°C

+

Tension en dessous de 100 (oui les anglo-saxons disent 100 mmHg ; les français s’acharnent à vouloir faire original en disant « 10 » qui correspondent à …du snobisme médical!)

+

rythme cardiaque élevé

+

peau sèche (zéro transpiration)

=

coup de chaleur de l’exercice (CCE)

Le CCE, c’est quoi, quand et chez qui?

Pas besoin qu’il fasse très chaud dehors: la température extérieure n’est pas le plus grand risque. En revanche, une humidité ambiante supérieure à 75% et l’absence de vent sont les gros responsables côté météo. Les personnes à risque? Toujours des jeunes bien entraînés, en très bonne condition physique, qui ne s’écoutent pas trop (ben oui, les autres, les pas entraînés, ils vont souffrir +++ et les signes précurseurs, ils vont les ressentir tellement fort qu’ils vont s’arrêter avant les gros dégâts!). Pourtant, le CCE prévient parfois (pas souvent, seulement 1 fois sur 5): ça peut commencer par une soif intense, des crampes, un mal de tête, des nausées, une sensation d’avoir trop bu. Alors, prochain footing au Mac Ritchie, on s’écoute, ok? Parce que si vous êtes dans ce cas là, facile: on s’arrête tout de suite de courir, on se met au frais (dans la clim), on s’allonge et on boit, on boit, on boit, de l’eau (of course!) et si elle est un peu salée genre Badoit ou San Pellegrino, c’est encore mieux (et surtout pas de boissons qui contiennent du sucre type « 100+ », ça aggrave le cas). Je vous ai dit 1 fois sur 5 les signes annonciateurs. Donc ça veut dire que 4 fois sur 5 (ça fait beaucoup!), le CCE ne s’annonce pas; il vous tombe dessus sans crier gare, comme ça en quelques minutes.

Le CCE, c’est une fièvre hyper élevée, qui peut grimper à 42°C, une peau brûlante, sèche, cyanosée par endroits. Les muscles sont durs et douloureux. Vomissements et diarrhée peuvent s’ajouter au tableau. L’urine (s’il y en a) prend une couleur « huile de vidange », sympa, non? La respiration peut être haletante, rapide, et même irrégulière (alors là, les secours préparent les grands moyens genre défibrillateur, vous voyez la scène?).

Et le CCE est une archi urgence: il peut mal tourner en quelques minutes ou heures. Les secours vont poser une perfusion, mettre sous oxygène au masque et doivent transporter le blessé couché dans un véhicule climatisé vers l’hôpital le plus proche (bon à Singapour, tout est proche, donc la distance Mc Ritchie SGH, ça reste acceptable!).

Sinon le CCE, ça peut s’éviter. Et là je ne résiste pas : je vous livre les recommandations des auteurs de ce cas clinique qui n’ont sans doute jamais vécu en Asie sub tropicale et sans doute encore moins couru ici et qui n’ont sans doute pas échangé avec leurs collègues en charge de la surveillance des JO de la jeunesse à Singapour il y a quelques années! (juste pour vous montrer combien parfois il y a déconnexion entre la théorie et la pratique, entre le médecin et son patient…). Je cite « pas d’épreuve sportive lors des périodes les plus chaudes et les plus humides, surtout en l’absence de vent, ou adaptation aux contraintes de l’environnement (horaires, durée) ».

On en retiendra malgré tout qu’il est indispensable de savoir reconnaitre les signes précurseurs des effets de la chaleur sur le corps et, le cas échéant, de s’arrêter tout de suite et de filer se mettre au frais : on est tout de même mieux chez soit qu’à l’hôpital, non?

Alors pour mémoire:

  • Step 1: coup de soleil (rougeurs, douleurs, fièvre, mal de tête)

 

  • Step 2: les crampes de chaleur (heat cramps) transpiration importante, douleurs musculaires typiquement à l’arrêt de l’exercice physique

 

  • Step 3: l’épuisement dû à la chaleur (heat exhaustion) Transpiration ruisselante, profuse; fatigue; sensation de faiblesse; peau froide et pâle; mal de tête; vertiges; évanouissement; vomissements; respiration rapide, haletante; Fièvre entre 38°C et 40°C;

 

  • Step 4: le coup de chaleur (heat stroke) Aucune transpiration – Peau brûlante – Fièvre très élevée – confusion mentale – perte de connaissance (ça peut commencer par ça sans aucun autre signe) – Convulsions – Coma – Vomissements, diarrhée

Vous êtes prévenus… Alors courez maintenant!