On vous a dit « Mycoplasme » ? Ah bon ?

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Déjà, on commence par une petite mise au point : on dit « Mycoplasme pulmonaire » (Mycoplasma pneumoniae précisément. Le « mycoplasme tout-court », ça n’existe pas ! OK ? « Mycoplasme » (avec une majuscule) c’est un peu le nom de famille et pneumoniae son prénom; et la famille est grande ! Sans le prénom, on ne sait pas de qui on parle ! Si je vous parle de Mycoplasme pulmonaire ici c’est pour 2 raisons : (1) on en parle bien trop à Singapour et (2) une étude chez les moins de 18 ans vient de sortir qui démontre avec rigueur que le Mycoplasme pulmonaire n’est pas si fréquent que ça. Si vous voulez creuser le sujet, je vous propose 3 publications.

De quel type d’étude s’agit-il ?

Une étude d’observation (dite prospective) menée en Norvège. On a défini des critères très précis que devaient présenter les patients pour être inclus dans l’étude. Ici il s’agissait de patients âgés de moins de 18 ans, atteints de pneumonie et vus par un médecin de ville ou hospitalisés. L’objectif était de rechercher précisément le germe responsable de la pneumonie : virus, si oui lequel? Pneumocoque ? Autre bactérie ? Il fallait un grand nombre de patients pour que les résultats puissent être généralisés.

Quels patients ont été inclus dans l’étude ?

En tout, 265 patients âgés de moins de 18 ans et qui tous présentaient des signes francs et indiscutables de pneumonie c’est-à-dire : fièvre au-dessus de 38°C, une respiration accélérée (tachypnée) ou des signes objectifs de fatigue respiratoire (rétraction thoracique) et une image nette de pneumonie sur la radiographie pulmonaire. Il faut souligner que 85% d’entre eux avaient été vaccinés contre le Pneumocoque (Prevenar© chez l’enfant).

Et qu’a trouvé cette étude?

Sur les 265 patients, les responsables étaient surtout et avant tout des virus  : ils avaient contaminés près de 2 patients sur 3 (63.4%). Pour le reste, on retrouve un Pneumocoque dans 1 cas sur 10 et aucun germe identifiable dans 1 cas sur 6. Quant au Mycoplasme pulmonaire, il était le plus rare : seulement 1 cas sur 13. Mais avec une grande inégalité : il est quasi absent avant l’âge de 5 ans mais au-dessus de l’âge de 5 ans, il représente 40% des germes trouvés. On en déduit donc que quel que soit l’âge, le diagnostic de Mycoplasme pulmonaire ne doit pas être la première hypothèse. Seulement la 2nde hypothèse chez un patient âgé de plus de 5 ans et seulement la 3ème ou 4ème chez le tout petit de moins de 5 ans.

Alors finalement, c’est vraiment rare ce Mycoplasme pulmonaire ?

Oui et non ! Si on parle des seules infections qui rendent vraiment malade : une pneumonie, une otite, une trachéo-bronchite, une laryngite, toutes ces pathologies sont d’abord causées par d’autres germes que le Mycoplasme pulmonaire. Le Mycoplasme pulmonaire est donc plutôt rare. Sauf que 40% de pneumonies dues au Mycoplasme pulmonaire, c’est un chiffre élevé : c’est donc fréquent mais pas le plus fréquent, vu ?  En revanche, si on recherche le Mycoplasme pulmonaire chez des personnes qui n’ont aucun signe de maladie, on le retrouve assez souvent dans la sphère nez-gorge-oreilles: il existe donc des porteurs sains. Ce sont soit des personnes qui se sont défendues contre le germe sans jamais développer de maladie, soit des personnes qui ont été malades il y a plusieurs semaines ou mois. Car cette bactérie présente la particularité de pouvoir persister quiescente (silencieuse) dans le corps plusieurs semaines ou mois après une infection aiguë. C’est ainsi qu’on estime à 20% le nombre d’adultes qui sont porteurs sains de Mycoplasme pulmonaire : et 20% c’est très fréquent !

Et on peut l’attraper facilement ?

Oui et non. Disons que croiser dans la rue ou au bureau une personne porteuse saine ne suffit pas. Ce germe demande un contact étroit, rapproché entre 2 personnes et suffisamment prolongé. C’est donc en famille que ça se passe, ou bien en internat ; on a aussi des épidémies dans des casernes ou des couvents. Et en tout cas, les clims n’y sont pour rien du tout ! D’autant plus que le Mycoplasme pulmonaire survit moins bien dans un air asséché (par exemple un air climatisé) que dans un air chargé en humidité. Malgré tout, même avec un contact étroit et prolongé, le taux de transmission est faible : on peut y échapper même en famille ! Et puis un avantage du Mycoplasme pulmonaire c’est que seulement 3 à 10% des personnes contaminées développeront une pneumonie ! Tous les autres pourront avoir soit des signes a minima parmi ceux cités juste après, soit aucun signe du tout !

Comment reconnaître les signes d’infection à Mycoplasme pulmonaire?

Les signes sont nombreux et aucun n’est spécifique de cette bactérie. Puisque son prénom est « pulmonaire », il s’agit de signes respiratoires avant tout ! Chez l’enfant, cela peut commencer par une laryngite (« croup » ici), une voix rauque, un mal de gorge, une trachéo-bronchite, parfois une otite moyenne, puis une toux sèche par quintes, qui gênent autant la nuit que le jour, le tout avec une fièvre entre 38 et 39°C. Voilà pour les signes respiratoires. Et surtout, il y a toujours des signes radiologiques qui finissent par apparaître, pas  forcément tout de suite mais à retardement parfois de plusieurs jours ou dizaine de jours. Sans un ou plusieurs de ces signes, le diagnostic d’infection à Mycoplasme est très improbable. D’autres signes peuvent s’ajouter : mal de tête, douleurs articulaires, fatigue (mais elle a bon dos la fatigue ! Toutes les fatigues ne sont pas des infections Mycoplasme pulmonaire, et notamment une fatigue sans aucun signe respiratoire doit faire rechercher un autre diagnostic) et même aussi nausées et vomissements. Vous voyez, le spectre est large !

Faut-il faire une prise de sang ou un prélèvement ?

Le seul moyen d’être sûr à 100% que c’est une infection à Mycoplasme serait de faire 2 prises de sang à 2 ou 3 semaines d’intervalle, la première ne devant pas avoir lieu trop tôt après le début des symptômes. Une augmentation du taux d’anticorps de type IgM (X4) ou IgG signe l’infection à Mycoplasme pulmonaire. Et c’est le seul moyen recommandé par les protocoles internationaux. Cela dit, les protocoles ne sont pas butés : et il a été noté que c’est contraignant et compliqué en pratique de faire 2 prises de sang espacées. D’autres tests ont donc été développés qui ne requièrent qu’une seule prise de sang. Mais le titre d’anticorps mesuré doit être confronté à la clinique : si le patient ne présente aucun des signes que je décrivais plus haut, alors ce dosage élevé correspond sans doute à une infection ancienne ou à un portage sain : nul besoin de traitement ! On ne traite JAMAIS une prise de sang ! On traite un malade, c’est à dire une personne qui présente indiscutablement des signes et symptômes qui font penser à une infection à Mycoplasme pulmonaire et qui, en plus, a un dosage d’anticorps élevé.

 

Alors le traitement, c’est quoi et pour quels cas ?

Le traitement sera réservé uniquement aux cas de pneumonie telle que je l’ai décrite plus haut avec ou sans la prise de sang. Pour tous les autres cas, l’abstention est recommandée car l’infection à Mycoplasme pulmonaire guérit quasiment toujours spontanément. Et si cela s’aggravait, il serait toujours temps de démarrer un traitement sans que ce retard à démarrer un traitement compromette les chances de guérison et de récupération. Au contraire, le retard peut permettre de faire éclore des signes plus francs, plus évidents qui seront d’une grande aide au diagnostic. D’ailleurs, dans l’étude norvégienne citée au début de ce post, la moitié des enfants de moins de 5 ans n’a reçu aucun traitement malgré les signes évidents de pneumonie : et tous ont guéri ! Comme quoi le traitement n’est vraiment pas une obligation, en tout cas ne nécessite pas de se précipiter.

Et quel traitement ?

La classe d’antibiotiques efficaces est les macrolides. Le traitement recommandé est l’érythromycine. Seulement voilà, c’est compliqué à prendre, tout plein d’effets secondaires pas sympas et surtout contre-indiqué chez l’enfant de moins de 7 ans. Donc on lui préfère l’azithromycine (Zithromax) sur une durée de 6 à 14 jours selon les protocoles ou la clarithromycine (Klacid ici) sur 15 jours. Mais attention : cela uniquement pour la pneumonie à Mycoplasme pulmonaire pas pour les autres cas ! Car les autres cas, d’abord, on n’aura jamais la certitude que c’est un Mycoplasme pulmonaire (même avec une prise de sang) et ensuite, le Mycoplasme se guérira tout seul !

 

Et si on donnait un traitement antibiotique préventif ?

Pas question ! Pour être honnête, ça a été étudié mais ce n’est pas du tout recommandé. Car le risque serait grand que le Mycoplasme pulmonaire, à force de rencontrer des antibiotiques, se développe une carapace et devienne résistant. Comme le disait la campagne de l’assurance maladie en France il y a quelques années : « les antibiotiques, c’est pas automatique ! ».

Voilà, vous savez tout sur l’infection à Mycoplasme pulmonaire. Vous pouvez en savoir encore plus en lisant les articles que j’ai listés en biblio.

Et un dernier mot : vous avez le droit de challenger le médecin qui vous affirme en voyant votre prise de sang : « it’s a Mycoplasm ! » comme s’il avait trouvé le graal et qui vous sort une splendide prescription d’antibiotique ! Posez –lui des questions. Demandez-lui pourquoi. S’il vous sent réticent, il proposera peut-être de différer le traitement et d’attendre d’autres signes plus marqués.

Ceux qui me connaissent savent que ça me travaillait depuis longtemps de dire la vérité sur cette infection à Mycoplasme pulmonaire et de prendre sa défense car je trouve qu’il fait un coupable un peu trop idéal, on le met partout, à toutes les sauces et les prescriptions d’antibiotiques qui en découlent représentent à long terme une menace de santé publique. Notre panel d’antibiotiques efficaces est trop petit pour le galvauder…

Bibliographie (des centaines d’articles et études ont été publiés; je n’en ai retenu que les revues les plus parlantes, outre l’étude norvégienne)

  • Waites B et Talkington D. Mycoplasma pneumoniae and its role as a human pathogen. Clin Microbiol Rev. 2004; 17 (4) : 697-728. Texte intégral ici
  • Berg AS et al. Etiology of pneumonia in pediatric population with high pneumococcal vaccine coverage. A prospective study. Pediatr Infect Dis J. 2016; 35:e69-e75
  • Meyer Sauteur PM et al. Antibody responses to Mycoplasma pneumoniae : role in pathogenesis and diagnosis of encephalitis? PLoS Pathog. 2014; 10(6): e1003983. doi:10.1371/journal.ppat.1003983
  •  Le point de vue de Santé Canada ici
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3 réflexions sur “On vous a dit « Mycoplasme » ? Ah bon ?

  1. Cha

    Merci pour cet article!! Avez vous pu trouver des infos sur les formes latentes non asymptomatiques? Mon GP m a confirme cette forme sur les signes suivants: gros maux de tete recurrents, grosse fatigue, peu de tenue a l effort durant plus de 5mois. Le seul a m avoir parle de cela et a le confirmer par le tx d’anti-corps trOuves a la prise de sang. 15j de klacid et hop la forme est revenue.

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    • « Les formes latentes non asymptomatiques »? L’expression est déjà un contresens médical. Il est donc bien naturel qu’il n’en soit nullement question dans l’ensemble des publications que j’ai revues. Enfin, le taux d’anticorps (s’il s’agit d’IgG) est LA preuve que le corps se défend bien! C’est une chance que d’avoir un taux d’anticorps élevé! Et on ne soigne pas un taux d’anticorps: on soigne un patient qui présente des signes et symptômes qui ont un impact négatif sur sa qualité de vie (Cf définition OMS de la santé). Je suis mal à l’aise lorsque je ne partage pas le choix diagnostic et thérapeutique de confrères, mais là, je suis obligée de dire que je suis en total désaccord avec l’histoire racontée par votre GP.

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