Quand la mer est maléfique : méduses et physalies sous les tropiques

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Les mers qui nous entourent à Singapour regorgent de créatures marines magnifiques qui transforment la plus simple des sorties masque et tuba en un fabuleux film animalier. Oui mais…il est des rencontres qu’il faut éviter à tout prix avant que le féérique ne devienne maléfique. Le point sur 2 espèces à fuir : la physalie et la méduse boîte, deux dangers extrêmes dans des corps de rêve !

Quels sont leurs petits noms ?

POUR LA PHYSALIE, on l’appelle aussi en français la galère portugaise ou la vessie de mer (du fait de sa forme). En anglais, on dira « Portugese man-of-war » ou « Blue bottle ». Son nom scientifique est Physalia physalis.

POUR LA MEDUSE-BOITE, dite aussi cuboméduse, les médecins parleront aussi de «guêpe de mer » en français et de « sea wasp » en anglais. Mais elle est plus connue dans le monde anglo-saxon sous le nom de « box jelly fish ». Son nom scientifique est Chironex fleckeri.

 

Comment les reconnaître ?

La PHYSALIE est composée d’un corps d’environ 30 cm de longueur, en forme de grosse olive (ou ballon de rugby) transparente à la crête multicolore (c’est superbe !) sous lequel se trouvent des tentacules qui sont infiniment longs : jusqu’à 50 m! Ils peuvent avoir une allure de collier de perles. Ceci donne à la Physalie une allure de méduse ce qu’en réalité elle n’est pas du tout selon la classification des espèces.

La MEDUSE-BOITE doit son nom à son corps transparent cubique qui mesure une vingtaine de centimètres (la longueur d’une main ouverte). Des 4 coins de la « boîte » sortent 4 pieds qui portent chacun 15 tentacules transparents aussi, soit 60 tentacules au total, chacun mesurant environ 3 mètres pour une épaisseur de seulement 6 mm (plus fin qu’un petit doigt !).
Les tentacules de la physalie et de la méduse-boîte portent une infinité de cellules venimeuses qui s’accrochent à leur proie grâce à un système de harpon. Seules les tortues vertes résistent aux méduse-boîtes.

Où sont leurs territoires de prédilection ?

Les mers chaudes indiscutablement, à commencer par les rivages de l’Australie et le réchauffement des mers leurs offrent de nouveaux horizons.

Les PHYSALIES se retrouvent sur les côtes australiennes et néo-zélandaises particulièrement en Juin, Juillet et Août. Elles vivent également dans les autres mers chaudes tropicales du globe et elles sont remontées jusqu’en Europe et notamment en France sur la côte aquitaine (885 envenimations en 2011, aucun décès).

La MEDUSE-BOÎTE est originaire d’Australie mais elle remonte désormais vers l’Asie du sud-est : elles ont été vues à Bintan (un enfant français en a été victime il y a quelques années) et jusqu’en Thaïlande où une touriste allemande est décédée en 2015 des suites d’une attaque. Une particularité : la méduse-boîte se reproduit dans les rivières (comme les saumons !) ; on peut donc en trouver à l’embouchure de rivières, en eau douce.

Comment se déplacent-elles ?

Les PHYSALIES se laissent flotter à la surface de l’eau. Leur corps transparent à la crête multicolore dépasse de l’eau et se voit donc, dérivant au gré des vents et courants, tel un vulgaire sac plastique gonflé d’air ! Face à un danger, la Physalie peut plonger brièvement.

La MEDUSE-BOÎTE nage dans des eaux peu profondes. Elle est attirée par la lumière : mais elle se tapit dans l’ombre pour capturer ses proies (petits poissons). En cas d’orage, elle plonge profondément pour se mettre à l’abri. Des amateurs de kayak des mers en ont vu sur les côtes ouest de la Thaïlande en 2015.

 

A quoi ressemble une attaque ?

En réalité, ces créatures ne nous attaquent pas : l’homme n’est pas une proie pour elles. Mais elles se défendent dès lors que nous empiétons sur leur territoire : 6 mètres de diamètre pour la méduse-boîte et jusqu’à 100 mètres pour la Physalie !
L’accrochage de leur harpon venimeux se fait grâce à une molécule chimique que poissons, crustacés et …l’homme possèdent à la surface de leur peau. Porter une combinaison en lycra cache cette molécule et empêche l’attaque.
Mais une fois accrochés, chaque petit harpon peut libérer ou non son venin. Au moment de la piqûre, la douleur au point de piqûre est immédiate et d’une immense intensité, pouvant provoquer non seulement une panique du nageur mais parfois aussi une perte de connaissance.
Il faut noter que les tentacules restent venimeux très longtemps après la mort de l’animal, même s’ils sont décrochés du corps : donc on ne ramasse pas à mains nues des morceaux de tentacules trouvés dans le sable !

 

Quels sont les signes de l’envenimation ?

Pour la PHYSALIE , tout commence donc par une très violente douleur locale. Dans les heures qui suivent, on peut voir apparaître une éruption de papules (bouton rouge plat ou légèrement surélevé et qui s’efface si on appuie dessus) blanches en collier de perles qui suivent les zones de contact avec les tentacules. Dans un petit nombre de cas (15%), on peut voir apparaître dans les 30 minutes à 2 heures qui suivent les signes de la toxicité neurologique du venin : angoisse, frissons, douleurs de ventre, nausées, vomissements, douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, crampes musculaires, larmoiement, grandes suées, tout ceci pouvant aller jusqu’au grand choc allergique (choc anaphylactique) ou un trouble de la coagulation, une atteinte rénale ou encore une défaillance cardiaque.

Pour la MEDUSE-BOÎTE, la douleur de la piqûre est également épouvantable et immédiate. Le venin passe quasi instantanément dans la circulation et peut tuer en moins de 4 minutes. Cependant, il faut pour cela une grande longueur de tentacules en contact avec la peau : 30 mètres selon le chercheur W. Hamner ; il avait lui-même été piqué sur le pouce et n’avait eu que douleur (atroce et qu’il n’oubliera jamais témoigne-t-il) et cicatrice au point de contact sans atteinte plus grave. Les signes d’atteinte grave seront les mêmes que ceux de la Physalie ci-dessus.

Dans les deux types de piqûre, les cicatrices laissées sur la peau seront des marques à vie, indélébiles (une petite atténuation avec le temps est possible pour les Physalies).

 

Que faire immédiatement en cas de piqûre de PHYSALIE?

  1. Sortir la victime de l’eau le plus calmement possible (tout mouvement brutal ou de panique peut augmenter la quantité de venin injectée par les tentacules)
  2. Appliquer de la mousse à raser sur la surface piquée par-dessus les tentacules
  3. Soulever les tentacules recouverts de mousse à raser avec un carton rigide de type carte bancaire en allant de l’extrémité des membres vers le haut
  4. Rincer avec une solution d’eau légèrement salée type sérum physiologique (1L d’eau bouillie avec une cuillère à café de sel de cuisine)
  5. Puis appliquer des compresses chaudes ou froides selon ce que supporte la victime

Ce qu’on ne fait surtout pas en cas de piqûre de physalie!
1. Toucher les tentacules à mains nues
2. Utiliser du vinaigre
3. Faire boire la victime

Que faire immédiatement en cas de piqûre de méduse-boîte?

1. Mettre des gants type gants de vaisselle (les gants de chirurgie sont trop fins pour le harpon)
2. Sortir le blessé de l’eau le plus calmement possible et l’allonger sur le sable, bras et jambes écartés (que les tentacules ne touchent pas une autre partie du corps)
3. Arroser abondamment les tentacules au contact de la peau avec du vinaigre blanc
4. Soulever délicatement les tentacules arrosés de vinaigre
5. Jeter les tentacules enlevés dans un sac plastique
6. Désinfecter à l’aide de chlorhexidine (mais ce n’est pas une priorité !)
7. On ne donne ni à manger, ni à boire à la victime

Bon à savoir : toutes les autres sortes de méduses seront traitées comme la méduse-boîte : avec du vinaigre !

Ce qu’on ne fait surtout pas en cas de piqûre de méduse-boîte!
1. Toucher les tentacules à mains nues
2. Frotter les tentacules avec du sable
3. Utiliser autre chose que du vinaigre (j’ai tout entendu y compris l’urine !!)
4. Faire boire la victime

Ensuite, pour toutes les piqûres, quel que soit l’animal en cause, on surveillera pendant 24h:

1. Rythme cardiaque (entre 60 et 80 / minutes et régulier, mesuré dans le cou)
2. Fréquence respiratoire (entre 12 et 20 / minutes, régulière, mesurée en plaçant le doigt sous le nez ou la bouche)
3. La conscience (en faisant parler constamment la victime)
4. Transporter dans le grand hôpital le plus proche (Singapour, Bangkok, Hong Kong en Asie du sud-est ; en Australie, tout hôpital ou service de secours)
5. En cas d’anomalie, on appelle des secours médicalisés avec transport héliporté (via sa compagnie d’assistance liée à sa compagnie d’assurance) : mis à part en Australie et NZ, les secours locaux sont en général incompétents. On entreprend une réanimation de type CPR et si on n’a pas été formé, on suit les videos de l’application First Aid de la British Red Cross (pour les adultes ici, pour les bébés et enfants ici)

Conclusion :

En Asie du sud-est, on part en vacances en bord de mer avec :
• Un maillot Lycra manches longues minimum (mais jambes longues aussi, c’est mieux encore)
• 1 ou 2 L de vinaigre blanc
• 1 bombe de mousse à raser
• 1 paire de gants de vaisselle
• Un peu de sel de cuisine
• Des consignes aux enfants de ne JAMAIS toucher un animal marin échoué sur le sable sans l’avis d’un adulte !

NB : ces 2 espèces ne sont pas protégées car elles ne sont pas considérées comme en danger ni en voie de disparition.

Ressources :

• HAMNER W. 1994. A killer down under (Australia’s box jellyfish). Nat Geo 186, 2. http://aresub.pagesperso-orange.fr/medecinesubaquatique/cubomeduses.htm (version en français)
• Poulard A et al. 2013. Gare à Physalia physalis. Rev Prat Méd Gén 27 (905) : 543-44
• Guillet G. 2010. Pathologie marine cutanée. Rev Prat Méd Gén 24 (844) : 502-3
• Encyclopedia of Life : http://www.eol.org
• Par respect du droit d’auteur, je ne publie pas de photos. Vous les trouverez en faisant une recherche d’images sur google avec les noms suivants : Physalia physalis et Chironex fleckeri

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Vous avez dit anti-moustique?

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Les moustiques sont plutôt des gros ennemis ici à Singapour!  Limiter le risque de piqûre de moustique peut être nécessaire et passe notamment (mais pas seulement) par l’utilisation de produits répulsifs. Voici les toutes dernières informations scientifiques sur le sujet.

[Mise à jour: une étude de 2015 a comparé plusieurs produits répulsifs à moustiques. Il en ressort que la plupart des produits DEET-free (qui ne contiennent pas de DEET) sont totalement inefficaces. Un seul a une efficacité presque comparable au DEET: il s’agit du répulsif Eucalyptus Citron de la marque CUTTER, disponible à l’achat online. Cependant, ma 1ère lecture rapide de l’étude note que les produits ont été testés sur une seule personne comparée à un témoin non traité; ça me semble bien petit comme échantillon et le tout dans des conditions de laboratoire qui n’ont rien à voir avec la réalité. Mais, je n’ai pas eu le temps d’éplucher les protocoles recommandés par l’OMS pour étudier ce type de produit et vérifier si cette étudie les respectait ]

 

Deux familles de produits très différentes !

Il existe 2 familles de produits qui sont à la fois différentes et complémentaires :
• Les répulsifs pour la peau
• Les répulsifs pour les textiles

Ils ne peuvent pas être interchangés : un répulsif pour la peau ne fonctionne pas sur les tissus et vice-versa, un répulsif pour tissu ne fonctionne pas sur la peau (et pourrait même être dangereux !).
Ils peuvent être utilisés séparément ou simultanément dans certaines circonstances peu fréquentes à Singapour qui est un milieu urbain et non pas la jungle !

Et les molécules efficaces sur la peau sont…

Elles sont peu nombreuses et parfaitement connues :

> picaridine (ou KBR 3023) à 20 ou 25%

> DEET* à 20, 25, 30, 34 et 50% (considéré comme le meilleur anti-moustique par la société américaine de pédiatrie)

> IR 35-35 à 20, 25, 30 et 35%

> On peut y ajouter certains produits contenant de l’huile d’eucalyptus mais je n’en parlerai pas car ils peuvent être dangereux quand ils sont purs et il est par ailleurs très difficile de les reconnaitre sur des listes d’ingrédients.
*(je vous passe la signification de cette abréviation, inutile car c’est toujours DEET qui est écrit sur les flacons)

A savoir : en dessous des concentrations les plus basses indiquées ici, le produit devient très insuffisamment efficace. Ainsi pour le DEET , une concentration de 15% est très insuffisante à Singapour (c’est pourtant la concentration du « OFF Active© » qu’on trouve ici)

Attention : lisez bien les étiquettes ET les ingrédients ! Les fabricants ne facilitent pas du tout votre choix car ils utilisent un même nom de gamme pour des produits qui contiennent des ingrédients différents ou qui ont des utilisations différentes. Ainsi par exemple, certains produits Insect Ecran© sont des répulsifs peau à base de DEET, d’autres sont à base de picaridine et un autre Insect Ecran© est en réalité fait pour les tissus et vêtements! C’est exactement la même chose pour la gamme OFF© distribuée à Singapour.

 

Sous quel nom les trouve-t-on ?

Il est difficile de répondre avec précision et de manière exhaustive. D’autant qu’un même nom cache souvent une gamme entière dans laquelle on trouve des produits très différents et des concentrations infiniment variables : surtout lisez bien les étiquettes et la liste des ingrédients !

A Singapour, on trouve en répulsif peau:
OFF (surtout lire les ingrédients et la concentration avant d’acheter !). Seul le DEEP WOODS contient 25% de DEET. Toutes les autres formes en contiennent moins.
Ultrathon avec du DEET à 25%

Et si vous les rapportez de France, voici leurs petits noms

(vous noterez qu’un même produit existe en plusieurs versions. Ainsi la gamme Insect Ecran est difficile à comprendre même si elle est très complète et composée de produits très efficaces. Quant à la gamme OFF, elle est particulièrement difficile à cerner, trop de produits, trop d’ingrédients différents et surtout des concentrations parfois trop faibles qui rendent certains produits insuffisamment efficaces pour une région comme Singapour)

  • à base de DEET* (minimum 20% pour être efficace, optimal 25 à 30%)
    • Ultrathon (forme lotion à 35%, forme spray à 25%, forme flacon pompe à 20%)
    • Insect Ecran Zones infestées (DEET 50%), Insect Ecran Familles (DEET 25%)
    • Moustidose
    • Moustifluid
    • Prébutix
    * Pour le DEET, il est inutile d’aller au-delà de 30% de concentration car l’efficacité n’est pas tellement plus grande; ceci est vrai aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant.
  • A base de IR 35-35 (minimum 35% pour être efficace)

Cinq sur Cinq Tropic (IR 35-35 à 35%) Cinq sur Cinq tempéré (IR 35-35 à 25%)
Moustifluid
Prébutix
Bouclier Insect

  • A base de picaridine (minimum 20 à 25% pour être efficace)
    Insect Ecran Tropique (picaridine 35%)
    Moustidose
    Centaura

 

Et les molécules efficaces sur les tissus sont…

• La perméthrine (Insect Ecran©, Cinq sur Cinq Tropic© et quelques autres aussi)
• La deltaméthrine pour les moustiquaires pré-imprégnées
• A savoir : la bifenthrine est interdite en France depuis Mai 2013 (elle était peu utilisée).

Tous doivent porter sur leur emballage la mention « pour imprégnation des tissus, vêtements et moustiquaires ». Là aussi soyez vigilants : les fabricants font des gammes dans lesquelles plusieurs produits portent le même nom tel Cinq sur Cinq Tropic© qui peut être aussi bien un spray pour vêtements qu’un spray pour la peau. Sur tous les flacons, lisez les sous-titres !!!!

 

Les produits et dispositifs PAS efficaces ?

Le ministère de la santé en France recommande fortement de ne pas utiliser :
• les bracelets anti-insectes pour se protéger des moustiques et des tiques ;
• les huiles essentielles dont la durée d’efficacité, généralement inférieure à 20 minutes, est insuffisante ;
• les appareils sonores à ultrasons, la vitamine B1, l’homéopathie, les raquettes électriques, les rubans, papiers et autocollants gluants sans insecticide

Par ailleurs, la citronnelle n’a jamais pu être validée scientifiquement. Il semble que son efficacité soit équivalente à du DEET 10% (donc très insuffisant) et ne dure pas plus de 2 heures. La citronnelle peut donc présenter un intérêt comme anti-moustique dans des régions où les moustiques ne sont pas vecteurs de maladies (région parisienne, nord de la Loire pour n’en citer que 2), mais n’a vraiment aucun intérêt ici à Singapour.

 

Comment bien utiliser un produit répulsif sur la peau?

• Appliquer le produit seulement sur la peau non recouverte: ne pas appliquer sous un vêtement;
• Ne pas appliquer sur des blessures ou sur une peau irritée ;
• Ne pas appliquer autour de la bouche et des yeux et en mettre moins autour des oreilles. Ne pas pulvériser directement sur le visage : en mettre un peu sur ses mains puis étaler sur le visage avec les doigts ;
• Ne laissez pas les enfants s’en servir seuls. Versez ou pulvérisez d’abord sur vos mains puis appliquez avec vos mains sur vos enfants. Evitez d’en mettre sur les mains d’un enfant (parce qu’il se frotte les yeux et porte les doigts à sa bouche) ;
• Respectez les quantités indiquées par le fabricant : augmenter n’améliore pas l’efficacité et diminuer pourrait diminuer l’efficacité (les fabricants n’ont aucun intérêt à forcer la main des utilisateurs pour des molécules qui sont sous haute surveillance dans le monde entier !) ;
• Une fois rentré en intérieur, lavez la peau qui a reçu le produit ; ceci est particulièrement important si le produit est utilisé quotidiennement ou plusieurs fois par jour (travailleur agricole en zone très infestée) ;

 

Et pour les enfants et les femmes enceintes?

Toutes les molécules sont autorisées à partir de l’âge de 2 mois et chez les femmes enceintes sans restriction. Les huiles essentielles pures sont interdites avant l’âge de 3 ans.

Pour les nouveau-nés avant l’âge de 2 mois, la seule protection efficace est la moustiquaire imprégnée qui se borde sous le matelas (la moustiquaire qui « pend » autour du lit ne suffit pas). Pas de promenade à l’extérieur aux heures où les moustiques sont plus nombreux : le 6 à 8 ici à Singapour, matin et soir. Et préférer les vêtements couvrants bras et jambes si vous êtes dans un quartier particulièrement infesté (suivre les alertes de la NEA à Singapour ici )

 

Anti-moustique et crème solaire

La plupart des anti-moustiques sont compatibles avec la crème solaire sans diminution de l’efficacité. Toutefois, quelques études montrent une diminution de l’efficacité de la crème solaire de 30% quand elle est utilisée sous des produits contenant du DEET. 30% de diminution signifie que la durée d’efficacité est 30% plus courte, donc qu’il faut répéter l’application de crème solaire plus souvent.

Les produits « tout-en-un » qui associent crème solaire et anti-moustique ne sont pas recommandés car le rythme d’application d’une crème solaire et d’un anti-moustique et la quantité à appliquer ne sont pas les mêmes. Il n’est donc pas possible de mettre au point un tout-en-un efficace à la fois comme crème anti-solaire et comme anti-moustique.

Il est donc recommandé d’appliquer la crème solaire en premier puis le produit anti-moustique par-dessus, en utilisant une crème solaire en couche bien épaisse (plus épaisse que ce que vous auriez fait sans anti-moustique). Un indice SFP 30 avec filtre anti-UVA suffit à Singapour. Les indices SPF 50 n’apportent rien de plus par rapport au SPF 30, sous réserve de ré-application fréquente et de limiter l’exposition solaire directe.

 

Quand utiliser un répulsif ?

  • Il n’y a pas de règle clairement établie scientifiquement. D’autant que l’on sait qu’il y a des peaux à moustiques et des peaux qui se font moins piquer voire pas du tout. Et puis le risque zéro n’existe pas : il est impossible d’empêcher tout moustique de nous piquer à moins de vivre dans une bulle hermétique qu’on n’ouvrirait jamais !
  • Par ailleurs, l’état de la personne est aussi un élément important : une personne en état d’immunodépression (en cours de chimiothérapie par exemple ou bien atteinte d’un diabète mal contrôlé) aura intérêt à prendre plus de précautions.
  • A Singapour, chez une personne en bonne santé, en dehors des alertes dengue, l’utilité d’une protection anti-moustique en journée est très limitée. Mais il est toujours prudent de se méfier des petits matins et des soirées. Ainsi, si vous êtes adepte du jogging matinal à Mac Richie, alors là, oui, alerte dengue ou pas, il est préférable de se protéger par un spray à concentration suffisante (DEET à 25% par exemple). Et l’apéro chez vos amis qui habitent en bordure du Botanic Garden ou d’un joli parc touffu dans le genre jungle, là aussi, la prudence est raisonnable.

 

Et un dernier mot concernant ces chers moustiques : ici, du fait sans doute de l’humidité de l’air, ils ne font pas « zzzzzz… » comme en France. Alors ne vous fiez pas au silence qui vous entoure à la nuit tombante !

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Où trouver des informations validées et fiables ?

  • Le ministère de la santé français a fait une synthèse exhaustive de tous les produits répertoriés.
  • Un excellent article sur les anti-moustiques écrit par le magazine français de consommateursQue Choisir: ici
  • En anglais, la référence est le centre américain CDC à Atlanta. Voici ici ce qu’ils disent des répulsifs anti-moustiques.

Que dit Singapour sur le sujet ?
Les informations sont peu nombreuses, dispersées, pas toujours faciles à trouver et encore moins à synthétiser !
• Pour les produits anti-moustiques autorisés ici : voir ce lien (23 pages totalement incompréhensibles et inutilisables!)
• Pour le paludisme (malaria en anglais) : voir ici
• Un site spécifique pour la dengue à découvrir ici.

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Ressources bibliographiques :

  • Un excellent article de l’excellente revue Prescrire (le Que Choisir des médicaments) de 2008: ici
  • Liste des produits commercialisés en France (très claire !) : ici
  • Recommandations du ministère de la santé en France : ici
  • Mise en garde du ministère de la santé en France contre le site « Vigilance moustique » : ici
  • Société américaine de pédiatrie : ici
  • Gamme Cinq sur Cinq : ici
  • Gamme Insect Ecran : ici
  • Gamme OFF: (en français) ici –  (en anglais) ici
  • Gamme Ultrathon: ici

DIS-MOI…la FIEVRE ZIKA, C’EST QUOI?

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[Mise à jour Janvier 2016: j’avais rédigé ce papier il y a 2 ans; on ne connaissait pas encore l’impact fœtal de la fièvre Zika. Vous trouverez toutes les dernières infos ici. Vous y lirez que les conséquence sur le fœtus sont seulement supposées mais mal connues, encore peu documentées, et du coup font l’objet d’intenses études. Vu le risque possible et bien qu’il ne soit pas encore confirmé, des recommandations ont déjà été émises, allant jusqu’à « éviter de démarrer une grossesse » dans quelques pays contaminés par le virus Zika. Singapour n’a pas encore déclaré de cas de fièvre Zika dernièrement alors même que l’épidémie n’était pas « si loin » il y a 2 ans.]

Zika est la dernière-née des fièvres tropicales. C’est une toute nouvelle épidémie apparue il y a 2 ans en Polynésie, qui s’était à l’époque répandue en Asie du sud-est et qui aujourd’hui se propage à toute vitesse en Amérique Latine après avoir démarré au Brésil en Mai 2015.

« La fièvre zika, ça rend très malade ? »

Bonne nouvelle : non ! Quoique…il faut tout de même se méfier car on vient récemment de décrire quelques cas, encore rares, de complications neurologiques et auto-immunes. Et c’est pour cela qu’il faut la connaître et y penser. Dans les faits, cette fièvre est moins grave que ses célèbres cousines, dengue, chikungunya ou paludisme mais elle ne doit pas être négligée. Très souvent, elle passe totalement inaperçue (près de 80% des cas). Mais 20% des personnes infectées vont développer une fièvre modérée accompagnée d’une éruption du visage qui a l’aspect de boutons rouges, plats ou surélevés, et qui s’étend progressivement au reste du corps. Il arrive que cette éruption démange (prurit). Peuvent également s’y associer des douleurs des articulations des mains et des pieds (arthralgies), des maux de tête (céphalées), une conjonctivite (yeux rouges et larmoyants), des troubles digestifs variés (nausées, vomissements, maux de ventre, diarrhée ou constipation) et des troubles neurologiques plus ou moins marqués (vertiges, douleurs musculaires, douleurs derrière les yeux).  Ces symptômes ne requièrent aucun traitement et disparaissent spontanément en une petite semaine. Il peut être parfois très difficile de distinguer une fièvre Zika d’une dengue ou d’une infection à Chikungunya.

 « Comment je peux l’attraper ? »

Exactement comme la dengue, par des piqûres de moustiques ! Et le responsable, c’est le terrible Aedes, ou moustique tigre, celui-là même qui transmet la dengue ou le chikungunya.  A l’origine, Zika est le nom d’un lac en Ouganda où le virus a été isolé pour la première fois, il y a près de 50 ans.  Aujourd’hui, en dehors de l’Afrique, on le trouve dans le pacifique (Polynésie, Micronésie et Indonésie connaissent une grosse épidémie depuis fin 2013) et dans plusieurs pays d’Asie du sud-est dont Singapour. Ce virus de climat chaud contamine classiquement les singes. Lorsqu’un moustique pique un singe infecté, il  peut alors transporter le virus vers d’autres mammifères : des singes essentiellement mais aussi d’autres animaux sauvages (buffles, hippopotames, etc)…ou pas vraiment sauvages comme l’homme ! Et une fois piqué par un moustique infesté par le virus zika, il faut alors entre 3 et 12 jours pour que les premiers symptômes apparaissent chez un être humain.

« Et en France, elle existe la fièvre zika ? »

Pas encore! Mais son vecteur, le moustique Aedes est déjà présent en Poitou –Charentes et dans le Lot et Garonne.  Pour que la fièvre zika se développe en France, il faudrait que des personnes reviennent d’un pays tropical infectées par le virus et se fassent piquer par des moustiques Aedes. Les moustiques infectés pourront alors transporter le virus zika vers d’autres mammifères, dont l’homme. Pour éviter cela, il faut bien entendu lutter contre la multiplication des moustiques, comme cela se fait à Singapour. Mais il faut aussi éviter qu’une personne malade soit piquée par des moustiques.

 « Comment savoir si c’est une fièvre zika ? »

C’est très difficile car les symptômes ne sont pas spécifiques. On les voit dans beaucoup de maladies virales, tropicales ou non. Comparée à la dengue, la fièvre zika donne moins de fièvre et moins de douleurs articulaires mais une éruption bien plus prononcée et surtout une conjonctivite qui n’existe pas dans la dengue. Et comparée au chikyungunya, la fièvre zika présente une conjonctivite nettement plus marquée, une fièvre équivalente, mais surtout des douleurs articulaires bien moins violentes que dans le chikungunya. Avec une prise de sang faite le plus tôt possible après le début des symptômes, il est possible d’avoir la certitude de l’infection à virus zika. Cette prise de sang ne changera rien ni au traitement ni à l’évolution de la maladie mais permettra de suivre la propagation de l’infection dans les territoires où le virus a été identifié.

« Comment se soigne-t-elle ? »

En attendant que ça passe …car il n’existe aucun traitement spécifique de cette maladie ! La guérison se fera spontanément en une semaine maximum. Pendant ce temps, on pourra prendre du paracétamol pour calmer la fièvre, les douleurs et les maux de tête et un anti-allergique de type loratadine (Clarityne) ou cetirizine (Zyrtec) pour apaiser les démangeaisons. Et si les symptômes persistent ou s’aggravent, il faudra prendre un avis médical.

« Et comment faire pour ne pas l’attraper ? »

En se protégeant des piqûres de moustiques dans tous les pays où règne le terrible moustique tigre (Aedes) : vêtements longs et couvrants, spray anti-moustique sur les zones de peau découvertes, moustiquaires sur le lit la nuit. Dans les zones  ou périodes de l’année de fortes infestations, il est aussi recommandé d’imprégner ses vêtements d’un répulsif à moustiques. Bon à savoir: la citronnelle et ses dérivés sont 100 inefficaces!

« La fièvre Zika, j’en retiens quoi ? »

C’est une bonne grosse grippe avec une conjonctivite et des signes digestifs ; elle s’attrape en région inter-tropicale par des piqûres de moustique et guérit spontanément en 1 semaine.

Dr ANNE GENETET – Mars 2014

 Références bibliographiques:

1. Bourée P, Zambon P (2014), Alerte à la fièvre Zika. Rev du Prat Méd Gén; 28 (915): 106-107.

2. Hayes E (2009); Zika viru soutside Africa. Emerg Inf Dis; 15 (9): 1347-50.

3. Virus Zika. Polynésie 2013-2014. Iles de Yap, Micronésie 2007. InVS; Veille internationale.