MAUX d’EXCUSE

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Il est 7h00 du matin. Marie a 38°C. Kevin a mal au ventre. Jean a un aphte dans la bouche. Lou a un œil rouge. A Singapour, à Paris ou n’importe où dans le monde, quel parent n’a pas un jour connu l’une de ces situations assortie bien souvent d’une touche d’angoisse, d’un brin de contrariété et surtout d’une sempiternelle question : école ou pas école ? A Singapour, la réponse est plutôt facile à trouver : suivez le guide !

Et oui ! Ici, tout est écrit ! Dans un guide qui fait autorité (Réf 1 lien ici),  le Ministère de la Santé singapourien a dressé très précisément la liste des signes et symptômes qui interdisent d’aller à l’école, à la crèche ou à la garderie. En premier lieu, la fièvre : au dessus de 38,9°C (rectale), un enfant doit rester à la maison même s’il n’a aucun autre symptôme.  Attention, le seuil est plus bas avec d’autres thermomètres : 38,3°C (buccale) ou 37,8°C (sous le bras). Il est beaucoup plus bas chez le nourrisson de moins de 4 mois: 38,3°C (rectale). En second lieu, les symptômes courants mais «peut-être annonciateurs d’une maladie potentiellement sévère» (sic!). Les voici:

  • Fièvre accompagnée de douleur de gorge, douleur d’oreille, diarrhée, vomissement, éruption, irritabilité ou confusion
  • Écoulement blanchâtre ou jaunâtre d’un œil (un seul) avec ou sans œil rouge (les 2 yeux rouges n’est pas un facteur d’exclusion sauf en cas de sécrétion jaune dans les 2 yeux);
  • Diarrhée incontrôlée
  • Plus de 2 épisodes de vomissements en 24h
  • Mal de tête ou nuque raide
  • Difficulté à avaler ou bien douleur de gorge avec des ganglions palpables sous la mâchoire
  • Perte d’apétit
  • Perte inhabituelle d’entrain (que les médecins francophones nomment « léthargie »)
  • Toux sévère et incontrôlée
  • Difficulté à respirer ou sifflement
  • Pleurs incontrôlés
  • Aphtes buccaux

Pour tous ces signes, l’institution d’accueil de l’enfant peut exiger un certificat médical de non-contagion avant d’autoriser l’enfant à ré-intégrer la structure (le certificat étant obligatoire pour les aphtes buccaux qui sont fortement évocateurs de syndrome pieds-mains-bouche dit HFMD ici)

Le syndrome pied-main-bouche (HFMD en anglais; description complète ici)

Maladie virale en général peu sévère mais très contagieuse, qui survient par épidémies annuelles et se présente sous forme d’aphtes dans la bouche et de boutons sur la paume des mains et la plante des pieds, le tout accompagné de fièvre. Un enfant infecté peut retourner à l’école dès que les boutons sont secs. En période épidémique, un enfant qui présente un seul aphte dans la bouche, même sans fièvre, ne doit pas aller à l’école. (Lien ici pour la surveillance du HFMD à Singapour)

L’inventaire se termine par la liste des maladies à éviction scolaire (ou garderie)  obligatoire telles l’impétigo, l’angine à streptocoques, une poussée d’herpès buccal (pas labial), le zona, les maladies infantiles à boutons, la coqueluche, l’hépatite A, la tuberculose. A chaque fois que l’un de ces cas se présente, le retour à l’école ne pourra se faire que sur présentation d’un certificat médical.

Pour info, voici quelques exemples de durée d’éviction inscrites dans le Guide 2012 pour le contrôle des maladies infectieuses (lien ici):

  • Fièvre: retour possible après 24h sans fièvre
  • Conjonctivite: jusqu’à guérison complète (disparition total de l’écoulement oculaire)
  • Diarrhée: jusqu’à guérison complète
  • Varicelle: jusqu’à ce que tous les boutons, sans exception, aient une croûte
  • HFMD: jusqu’à la disparition de la fièvre ET assèchement de tous les boutons
  • Angine (à streptocoques): jusqu’à 24h après le début du traitement antibiotique
  • Poux de cheveux: jusqu’à réalisation d’un traitement complet lenticide
  • Impetigo (infection très contagieuse de la peau): jusqu’à 24h après le début du traitement antibiotique
  • à noter: la séropositivité pour le VIH et le sida maladie ne donnent pas lieu à exclusion

Ces recommandations sont valables pour  toutes les structures d’accueil des enfants de moins de 7 ans, qu’elles soient singapouriennes ou internationales, publiques ou privées.  Elles sont complétées d’une loi (Réf 2; lien ici) qui impose à tout enfant, quelle que soit sa nationalité d’être vacciné contre la diphtérie et la rougeole, les deux seuls vaccins obligatoires à Singapour, les autres n’étant que recommandés selon un calendrier vaccinal (Réf 3; lien ici) assez proche du calendrier français, ce dernier présentant cependant l’avantage d’avoir moins d’injections pour une protection équivalente  (lien ici pour le texte complet: voir page 28 uniquement pour les enfants et ados;

Et pour avoir les principales maladies en images (Attention âmes sensibles, s’abstenir!), le lien du MOH singapourien est ici.

 Dr Anne Genetet – 19 Mars 2014

Bibliographie

(1)    Infection control guidelines for schools and child care centres / Kindergartens / preschool centres / student care centres. Ministry of Health. 2012.

(2)    Infectious Disease Act

(3)    Singapore Health Promotion Board. Immunisation Chart. Dec 2011.

DIS-MOI…la FIEVRE ZIKA, C’EST QUOI?

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[Mise à jour Janvier 2016: j’avais rédigé ce papier il y a 2 ans; on ne connaissait pas encore l’impact fœtal de la fièvre Zika. Vous trouverez toutes les dernières infos ici. Vous y lirez que les conséquence sur le fœtus sont seulement supposées mais mal connues, encore peu documentées, et du coup font l’objet d’intenses études. Vu le risque possible et bien qu’il ne soit pas encore confirmé, des recommandations ont déjà été émises, allant jusqu’à « éviter de démarrer une grossesse » dans quelques pays contaminés par le virus Zika. Singapour n’a pas encore déclaré de cas de fièvre Zika dernièrement alors même que l’épidémie n’était pas « si loin » il y a 2 ans.]

Zika est la dernière-née des fièvres tropicales. C’est une toute nouvelle épidémie apparue il y a 2 ans en Polynésie, qui s’était à l’époque répandue en Asie du sud-est et qui aujourd’hui se propage à toute vitesse en Amérique Latine après avoir démarré au Brésil en Mai 2015.

« La fièvre zika, ça rend très malade ? »

Bonne nouvelle : non ! Quoique…il faut tout de même se méfier car on vient récemment de décrire quelques cas, encore rares, de complications neurologiques et auto-immunes. Et c’est pour cela qu’il faut la connaître et y penser. Dans les faits, cette fièvre est moins grave que ses célèbres cousines, dengue, chikungunya ou paludisme mais elle ne doit pas être négligée. Très souvent, elle passe totalement inaperçue (près de 80% des cas). Mais 20% des personnes infectées vont développer une fièvre modérée accompagnée d’une éruption du visage qui a l’aspect de boutons rouges, plats ou surélevés, et qui s’étend progressivement au reste du corps. Il arrive que cette éruption démange (prurit). Peuvent également s’y associer des douleurs des articulations des mains et des pieds (arthralgies), des maux de tête (céphalées), une conjonctivite (yeux rouges et larmoyants), des troubles digestifs variés (nausées, vomissements, maux de ventre, diarrhée ou constipation) et des troubles neurologiques plus ou moins marqués (vertiges, douleurs musculaires, douleurs derrière les yeux).  Ces symptômes ne requièrent aucun traitement et disparaissent spontanément en une petite semaine. Il peut être parfois très difficile de distinguer une fièvre Zika d’une dengue ou d’une infection à Chikungunya.

 « Comment je peux l’attraper ? »

Exactement comme la dengue, par des piqûres de moustiques ! Et le responsable, c’est le terrible Aedes, ou moustique tigre, celui-là même qui transmet la dengue ou le chikungunya.  A l’origine, Zika est le nom d’un lac en Ouganda où le virus a été isolé pour la première fois, il y a près de 50 ans.  Aujourd’hui, en dehors de l’Afrique, on le trouve dans le pacifique (Polynésie, Micronésie et Indonésie connaissent une grosse épidémie depuis fin 2013) et dans plusieurs pays d’Asie du sud-est dont Singapour. Ce virus de climat chaud contamine classiquement les singes. Lorsqu’un moustique pique un singe infecté, il  peut alors transporter le virus vers d’autres mammifères : des singes essentiellement mais aussi d’autres animaux sauvages (buffles, hippopotames, etc)…ou pas vraiment sauvages comme l’homme ! Et une fois piqué par un moustique infesté par le virus zika, il faut alors entre 3 et 12 jours pour que les premiers symptômes apparaissent chez un être humain.

« Et en France, elle existe la fièvre zika ? »

Pas encore! Mais son vecteur, le moustique Aedes est déjà présent en Poitou –Charentes et dans le Lot et Garonne.  Pour que la fièvre zika se développe en France, il faudrait que des personnes reviennent d’un pays tropical infectées par le virus et se fassent piquer par des moustiques Aedes. Les moustiques infectés pourront alors transporter le virus zika vers d’autres mammifères, dont l’homme. Pour éviter cela, il faut bien entendu lutter contre la multiplication des moustiques, comme cela se fait à Singapour. Mais il faut aussi éviter qu’une personne malade soit piquée par des moustiques.

 « Comment savoir si c’est une fièvre zika ? »

C’est très difficile car les symptômes ne sont pas spécifiques. On les voit dans beaucoup de maladies virales, tropicales ou non. Comparée à la dengue, la fièvre zika donne moins de fièvre et moins de douleurs articulaires mais une éruption bien plus prononcée et surtout une conjonctivite qui n’existe pas dans la dengue. Et comparée au chikyungunya, la fièvre zika présente une conjonctivite nettement plus marquée, une fièvre équivalente, mais surtout des douleurs articulaires bien moins violentes que dans le chikungunya. Avec une prise de sang faite le plus tôt possible après le début des symptômes, il est possible d’avoir la certitude de l’infection à virus zika. Cette prise de sang ne changera rien ni au traitement ni à l’évolution de la maladie mais permettra de suivre la propagation de l’infection dans les territoires où le virus a été identifié.

« Comment se soigne-t-elle ? »

En attendant que ça passe …car il n’existe aucun traitement spécifique de cette maladie ! La guérison se fera spontanément en une semaine maximum. Pendant ce temps, on pourra prendre du paracétamol pour calmer la fièvre, les douleurs et les maux de tête et un anti-allergique de type loratadine (Clarityne) ou cetirizine (Zyrtec) pour apaiser les démangeaisons. Et si les symptômes persistent ou s’aggravent, il faudra prendre un avis médical.

« Et comment faire pour ne pas l’attraper ? »

En se protégeant des piqûres de moustiques dans tous les pays où règne le terrible moustique tigre (Aedes) : vêtements longs et couvrants, spray anti-moustique sur les zones de peau découvertes, moustiquaires sur le lit la nuit. Dans les zones  ou périodes de l’année de fortes infestations, il est aussi recommandé d’imprégner ses vêtements d’un répulsif à moustiques. Bon à savoir: la citronnelle et ses dérivés sont 100 inefficaces!

« La fièvre Zika, j’en retiens quoi ? »

C’est une bonne grosse grippe avec une conjonctivite et des signes digestifs ; elle s’attrape en région inter-tropicale par des piqûres de moustique et guérit spontanément en 1 semaine.

Dr ANNE GENETET – Mars 2014

 Références bibliographiques:

1. Bourée P, Zambon P (2014), Alerte à la fièvre Zika. Rev du Prat Méd Gén; 28 (915): 106-107.

2. Hayes E (2009); Zika viru soutside Africa. Emerg Inf Dis; 15 (9): 1347-50.

3. Virus Zika. Polynésie 2013-2014. Iles de Yap, Micronésie 2007. InVS; Veille internationale.