Quand la mer est maléfique : méduses et physalies sous les tropiques

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Les mers qui nous entourent à Singapour regorgent de créatures marines magnifiques qui transforment la plus simple des sorties masque et tuba en un fabuleux film animalier. Oui mais…il est des rencontres qu’il faut éviter à tout prix avant que le féérique ne devienne maléfique. Le point sur 2 espèces à fuir : la physalie et la méduse boîte, deux dangers extrêmes dans des corps de rêve !

Quels sont leurs petits noms ?

POUR LA PHYSALIE, on l’appelle aussi en français la galère portugaise ou la vessie de mer (du fait de sa forme). En anglais, on dira « Portugese man-of-war » ou « Blue bottle ». Son nom scientifique est Physalia physalis.

POUR LA MEDUSE-BOITE, dite aussi cuboméduse, les médecins parleront aussi de «guêpe de mer » en français et de « sea wasp » en anglais. Mais elle est plus connue dans le monde anglo-saxon sous le nom de « box jelly fish ». Son nom scientifique est Chironex fleckeri.

 

Comment les reconnaître ?

La PHYSALIE est composée d’un corps d’environ 30 cm de longueur, en forme de grosse olive (ou ballon de rugby) transparente à la crête multicolore (c’est superbe !) sous lequel se trouvent des tentacules qui sont infiniment longs : jusqu’à 50 m! Ils peuvent avoir une allure de collier de perles. Ceci donne à la Physalie une allure de méduse ce qu’en réalité elle n’est pas du tout selon la classification des espèces.

La MEDUSE-BOITE doit son nom à son corps transparent cubique qui mesure une vingtaine de centimètres (la longueur d’une main ouverte). Des 4 coins de la « boîte » sortent 4 pieds qui portent chacun 15 tentacules transparents aussi, soit 60 tentacules au total, chacun mesurant environ 3 mètres pour une épaisseur de seulement 6 mm (plus fin qu’un petit doigt !).
Les tentacules de la physalie et de la méduse-boîte portent une infinité de cellules venimeuses qui s’accrochent à leur proie grâce à un système de harpon. Seules les tortues vertes résistent aux méduse-boîtes.

Où sont leurs territoires de prédilection ?

Les mers chaudes indiscutablement, à commencer par les rivages de l’Australie et le réchauffement des mers leurs offrent de nouveaux horizons.

Les PHYSALIES se retrouvent sur les côtes australiennes et néo-zélandaises particulièrement en Juin, Juillet et Août. Elles vivent également dans les autres mers chaudes tropicales du globe et elles sont remontées jusqu’en Europe et notamment en France sur la côte aquitaine (885 envenimations en 2011, aucun décès).

La MEDUSE-BOÎTE est originaire d’Australie mais elle remonte désormais vers l’Asie du sud-est : elles ont été vues à Bintan (un enfant français en a été victime il y a quelques années) et jusqu’en Thaïlande où une touriste allemande est décédée en 2015 des suites d’une attaque. Une particularité : la méduse-boîte se reproduit dans les rivières (comme les saumons !) ; on peut donc en trouver à l’embouchure de rivières, en eau douce.

Comment se déplacent-elles ?

Les PHYSALIES se laissent flotter à la surface de l’eau. Leur corps transparent à la crête multicolore dépasse de l’eau et se voit donc, dérivant au gré des vents et courants, tel un vulgaire sac plastique gonflé d’air ! Face à un danger, la Physalie peut plonger brièvement.

La MEDUSE-BOÎTE nage dans des eaux peu profondes. Elle est attirée par la lumière : mais elle se tapit dans l’ombre pour capturer ses proies (petits poissons). En cas d’orage, elle plonge profondément pour se mettre à l’abri. Des amateurs de kayak des mers en ont vu sur les côtes ouest de la Thaïlande en 2015.

 

A quoi ressemble une attaque ?

En réalité, ces créatures ne nous attaquent pas : l’homme n’est pas une proie pour elles. Mais elles se défendent dès lors que nous empiétons sur leur territoire : 6 mètres de diamètre pour la méduse-boîte et jusqu’à 100 mètres pour la Physalie !
L’accrochage de leur harpon venimeux se fait grâce à une molécule chimique que poissons, crustacés et …l’homme possèdent à la surface de leur peau. Porter une combinaison en lycra cache cette molécule et empêche l’attaque.
Mais une fois accrochés, chaque petit harpon peut libérer ou non son venin. Au moment de la piqûre, la douleur au point de piqûre est immédiate et d’une immense intensité, pouvant provoquer non seulement une panique du nageur mais parfois aussi une perte de connaissance.
Il faut noter que les tentacules restent venimeux très longtemps après la mort de l’animal, même s’ils sont décrochés du corps : donc on ne ramasse pas à mains nues des morceaux de tentacules trouvés dans le sable !

 

Quels sont les signes de l’envenimation ?

Pour la PHYSALIE , tout commence donc par une très violente douleur locale. Dans les heures qui suivent, on peut voir apparaître une éruption de papules (bouton rouge plat ou légèrement surélevé et qui s’efface si on appuie dessus) blanches en collier de perles qui suivent les zones de contact avec les tentacules. Dans un petit nombre de cas (15%), on peut voir apparaître dans les 30 minutes à 2 heures qui suivent les signes de la toxicité neurologique du venin : angoisse, frissons, douleurs de ventre, nausées, vomissements, douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, crampes musculaires, larmoiement, grandes suées, tout ceci pouvant aller jusqu’au grand choc allergique (choc anaphylactique) ou un trouble de la coagulation, une atteinte rénale ou encore une défaillance cardiaque.

Pour la MEDUSE-BOÎTE, la douleur de la piqûre est également épouvantable et immédiate. Le venin passe quasi instantanément dans la circulation et peut tuer en moins de 4 minutes. Cependant, il faut pour cela une grande longueur de tentacules en contact avec la peau : 30 mètres selon le chercheur W. Hamner ; il avait lui-même été piqué sur le pouce et n’avait eu que douleur (atroce et qu’il n’oubliera jamais témoigne-t-il) et cicatrice au point de contact sans atteinte plus grave. Les signes d’atteinte grave seront les mêmes que ceux de la Physalie ci-dessus.

Dans les deux types de piqûre, les cicatrices laissées sur la peau seront des marques à vie, indélébiles (une petite atténuation avec le temps est possible pour les Physalies).

 

Que faire immédiatement en cas de piqûre de PHYSALIE?

  1. Sortir la victime de l’eau le plus calmement possible (tout mouvement brutal ou de panique peut augmenter la quantité de venin injectée par les tentacules)
  2. Appliquer de la mousse à raser sur la surface piquée par-dessus les tentacules
  3. Soulever les tentacules recouverts de mousse à raser avec un carton rigide de type carte bancaire en allant de l’extrémité des membres vers le haut
  4. Rincer avec une solution d’eau légèrement salée type sérum physiologique (1L d’eau bouillie avec une cuillère à café de sel de cuisine)
  5. Puis appliquer des compresses chaudes ou froides selon ce que supporte la victime

Ce qu’on ne fait surtout pas en cas de piqûre de physalie!
1. Toucher les tentacules à mains nues
2. Utiliser du vinaigre
3. Faire boire la victime

Que faire immédiatement en cas de piqûre de méduse-boîte?

1. Mettre des gants type gants de vaisselle (les gants de chirurgie sont trop fins pour le harpon)
2. Sortir le blessé de l’eau le plus calmement possible et l’allonger sur le sable, bras et jambes écartés (que les tentacules ne touchent pas une autre partie du corps)
3. Arroser abondamment les tentacules au contact de la peau avec du vinaigre blanc
4. Soulever délicatement les tentacules arrosés de vinaigre
5. Jeter les tentacules enlevés dans un sac plastique
6. Désinfecter à l’aide de chlorhexidine (mais ce n’est pas une priorité !)
7. On ne donne ni à manger, ni à boire à la victime

Bon à savoir : toutes les autres sortes de méduses seront traitées comme la méduse-boîte : avec du vinaigre !

Ce qu’on ne fait surtout pas en cas de piqûre de méduse-boîte!
1. Toucher les tentacules à mains nues
2. Frotter les tentacules avec du sable
3. Utiliser autre chose que du vinaigre (j’ai tout entendu y compris l’urine !!)
4. Faire boire la victime

Ensuite, pour toutes les piqûres, quel que soit l’animal en cause, on surveillera pendant 24h:

1. Rythme cardiaque (entre 60 et 80 / minutes et régulier, mesuré dans le cou)
2. Fréquence respiratoire (entre 12 et 20 / minutes, régulière, mesurée en plaçant le doigt sous le nez ou la bouche)
3. La conscience (en faisant parler constamment la victime)
4. Transporter dans le grand hôpital le plus proche (Singapour, Bangkok, Hong Kong en Asie du sud-est ; en Australie, tout hôpital ou service de secours)
5. En cas d’anomalie, on appelle des secours médicalisés avec transport héliporté (via sa compagnie d’assistance liée à sa compagnie d’assurance) : mis à part en Australie et NZ, les secours locaux sont en général incompétents. On entreprend une réanimation de type CPR et si on n’a pas été formé, on suit les videos de l’application First Aid de la British Red Cross (pour les adultes ici, pour les bébés et enfants ici)

Conclusion :

En Asie du sud-est, on part en vacances en bord de mer avec :
• Un maillot Lycra manches longues minimum (mais jambes longues aussi, c’est mieux encore)
• 1 ou 2 L de vinaigre blanc
• 1 bombe de mousse à raser
• 1 paire de gants de vaisselle
• Un peu de sel de cuisine
• Des consignes aux enfants de ne JAMAIS toucher un animal marin échoué sur le sable sans l’avis d’un adulte !

NB : ces 2 espèces ne sont pas protégées car elles ne sont pas considérées comme en danger ni en voie de disparition.

Ressources :

• HAMNER W. 1994. A killer down under (Australia’s box jellyfish). Nat Geo 186, 2. http://aresub.pagesperso-orange.fr/medecinesubaquatique/cubomeduses.htm (version en français)
• Poulard A et al. 2013. Gare à Physalia physalis. Rev Prat Méd Gén 27 (905) : 543-44
• Guillet G. 2010. Pathologie marine cutanée. Rev Prat Méd Gén 24 (844) : 502-3
• Encyclopedia of Life : http://www.eol.org
• Par respect du droit d’auteur, je ne publie pas de photos. Vous les trouverez en faisant une recherche d’images sur google avec les noms suivants : Physalia physalis et Chironex fleckeri

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